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10/02/2017

Février, d'après midi

 

Sous quelle latitude variée vivez-vous ?

  

Ici, des terres félines comme pâte à dragée
où l’on se met aux aguets tous les vingt pas ;
quelque chose a bougé, croit-on.
C’est le silence
ou au loin les montagnes.

 

 
Ici, février est parfois domestique,
sans reproche, sans risque,
tétant le supplément auroral
en petit bourgeois satisfait.
Quelques récoltes cependant négligées
laissent au pré un noyer criblé de balles
sur fond de bleu ciel porcelaine et pommade.
C’est ainsi que la morale poétique est sauve.

 

 


Ici, en deux jours, février dégorge d’eau.
Entre détresse et impudeur, la terre et les flots
se mélangent goulûment au désir de stances,
de sursauts et de lèvres dans des tapis d’argile.
On ne marche pas impunément en terre amoureuse,
mais on ne l’apprend qu’en pleurant.

 

 


Ici, un après midi de février
les portes d’Armagnac croisent le fer
des douceurs toscanes et des rigueurs germaniques,
comme celles encloses à Cologne où un jasmin trône.
[parfum de février : la fraîcheur claustrale d’un vétiver s'écoulant en larmes de résine, les lys sont à venir]

 

 


Ici, chaque jour de février, un amandier
m’aimante d’une fièvre panique et jalouse.
La nuit sera très froide, la raison crie ; la nature s’entête :
l’amandier sera en fleurs courant février.
On se verrait bien camper à ses pieds
avec un fusil, mais bientôt ivre de sommeil.
Parmi des milliers ne pas avoir vu éclore
la blancheur boréale du premier bourgeon,
je pleure la naissance du monde.

 

 


Février d’après midi,
lorsque prendre le soleil
devient l’expression
d’une blessure infinie.

 
Chronique des jours-échelle