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18/05/2020

L'églantier et les Galápagos

Parfois les blés
emportent le regard du familier d’une reine
(l’esprit a l’illusion heureuse. En être heureux ou
diluer le souci dans la perplexité visuelle)
à un immense lac bleu-vert
ou de roche,
ou une lande
qui par endroit se retrouve là.

 

 

 

Les blés
leurs surfaces entières
vaporeuses de leur couleur
perlée d’eau de la dernière bruine,
d’amour et d’eau fraîche tout à coup
la compréhension en quelques grains donnés.

 

 

 

Les blés
vu de près, deux couleurs
l’épi vert-amande (une autre destinée)
les hautes tiges bleu ardoise.
Pas de terre visible
que du bleu, ourlé au loin d’écume verdie
en certain cousinage d’avec l’océan
et la mélancolie.

 

 

 

On a fait les foins en bord de mer,
de petits prés clos, la murette barrant la falaise.
Non pas l’iode, à peine l’herbe coupée, mais la sueur.
La fourche soulevant l’herbe, prise au vent,
idem l’écume (elle soulevée sans rien de visible)
où à l’iode la puissance d’une sueur se mêle
comme une raison discontinue.

 

 

 

Trois lignes de crêtes parallèles,
celle du milieu est soulignée de haies
faisant écran entre la première
et celle où je me trouve, sauf
sur une portion, écran vide
alors en marchant est un jeu
qui est de croire voir voguer un nuage
sur l’écran là-bas où défile le paysage
de la première crête.
Illusion avec un nuage
pour une petite faim d’inouï, accomplie.

 

 

 

Cairn édifié dans le secret.
Une pensée élucidée, un détail aimé
font cairn visible pour conscience
certaine incertaine
mais caillou choisi, forme appréciée, équilibre trouvé.
Le mal peut aussi prendre forme,
nous recommencerons.

 

 

 


Certaines géographies devant soi,
quelques cartes bien connues,
d’immédiates reconnaissances spatiales
où l’œil sait le temps qu’il lui faut pour aller
d’ici à là, mais voilà que montent de gros nuages gris
un voile de pluie déjà brouille le grand bois
le vent souffle de l’ouest,
qu’importe la voie prise, on sera trempé ;
on s’y prépare, on frissonne, on sourit
et c’est comme être au chaud quand
les pans de la connaissance s’ajoutent et tiennent.

 

 

 

À vol d’oiseau, le lac Bleu
ou un pied après l’autre, parcourir le langage
de la tolérance du désir et de l’inconnaissance.

 

 

 

La cardère bain-aux-oiseaux
(fut peut-être nommée sur une seconde d’inspiration)
guettée une heure pleine
depuis le talus en face.
Les oiseaux chantent dans les arbres.
Laisser-faire, bon-à-prendre, déjà-dit.
Les cardères,
savant montage de lames aux dents de scie
bientôt redoutables mais pour l’heure, avril, mai
elles ressemblent à un généreux sapin
vert salade – et fou rire –
qui montera en graines
indispensables aux oiseaux
(ceux aux petites têtes
en masques primitifs, ensanglantés, en rase campagne).

 

 

 

La débâcle au village
conjonction de noirceur, de froid et de silence
en chape en cape en écrasement sur l’âme
petite, rien que la proie d’elle-même
l’apitoiement en aveugle de la possibilité à vivre.

 

 

 

Les bas-côtés des chemins et des routes
n’ont pas été fauchés depuis des jours.
Grand bien.

 

 

 

Les herbes folles
ont été toutes scrupuleusement nommées
nom commun nom savant
utiles et agréables
qui laissent une large place
à l’œil nu pour s’abandonner
aux délires tisserands de leurs aspects
primitifs
où se mêlent en foule des plantes vagues
où se mêlent des préférences 
– le gaillet jaune
– l’oseille sauvage (...)
Au mauvais temps
toutes leurs images sont recherchées par l’esprit,
l’exercice est lent, difficile,
et rappelle au dehors.

 

 

 

Le gaillet jaune, parfumé, enivrant
le retrouver, année après année
avec une impatience osée
un entêtement et son double
qui le soutient le renforce et le protège
– la sensibilité olfactive –
un des tisserands du monde-esprit.
Il y a du mépris pour cela je le sais.
Mais déchire-t-on son œuvre ?

 

 



Le rivage, la marge claire d’un grand livre
que je sais exister tout autour de moi,
même le choix de deux coquillages
pour des pendeloques qui se verront,
vient du livre.

 

 

 

Du rivage aux blés mûrs au rivage fond la couleur
continue le regard, antique modèle d’élargissement
éprouvé, la jouissance du monde donnée
sur la tension des muscles qui font
ou simplement, passent avec attention.

 

 

 

Le filet d’eau tombant dans le petit bassin
son intonation dans une oreille sensible
– connaisseuse donc –
d’instruments accordés entre surfaces et profondeurs
à l’alerte, à la sérénité.

 

 

 

En plein milieu de certains champs cultivés
il y a de grands et beaux arbres solitaires
muets sur leur passé de paysage.
Quelle borne ancienne, quel chemin disparu,
ou peut-être leur beauté qui imposa la retenue.
Hiératique, le mot perce sur la langue qui voit.
Combien de fois
– en désespérante contradiction –
le regard supplie, presse surnaturellement la matière
des beaux arbres solitaires d’être couverts de fleurs,
du moins laisser sourdre une couleur
dans la matité du vert, l’immobilité, en vain
– mais par quelle habitude d’obtenir.

 

 

 

Certains arbres isolés, aux formes tordues
rivent tout autant le regard.
Ils sont fruitiers, difformes et prodigues
ou d’autres, de si insolente vigueur sur une douleur figée,
parlent à l’âme d’une autre façon d’être,
de peurs anciennes, transfuges de réalité
que l’on n’ose pas regarder
variétés des souffrances que l’on ne peut pas traiter,
l’âme parlant à elle-même
l’oreille vibrant au monde.

 

 

 

Ciel bleu immense
pour un oiseau de proie de grande envergure
– dans les courants ascendants le silence et la facilité –
fascinant assez pour s’adjuger une loi de l’attraction
du regard humain, et des rêves leurs raisons.

 

 


Les mousses fleurissent
sur les toits, les talus, les roches
dans les bois les mousses fleurissent.
Des brimborions sur des tapis.
Minuscules, immédiatetés inutiles,
savoir ce que veut dire de s’abaisser à les regarder.
Les mêmes, sur le rebord de la fenêtre de ma chambre,
en ville, pouillèmes dans la grouillante vie
décrochées avec l’ongle, qui s’y cassa, inoubliable.

 

 

 

Plonger sa main dans les herbes folles
contre le chagrin vide de n’être pour rien à leur beauté
y ajouter la sienne.

 

 

 

Les blés
tôt en saison, sous une certaine incidence du soleil
luisent tant
que ce sont des hectares de neige
entre les haies sombres.
Cette délectation à la vision
alterne avec la frayeur de toucher
à la confusion mentale.
Qui remercier de l’humilité du goût des choses simples.

 

 

 

On trouve partout de grands champs
dont la caractéristique principale est : horizontalité lisse
laquelle s’arrête net à un grand bois, une forêt
d’une verticalité impénétrable
et on a beau savoir ce que l’on va y trouver
s’y efforcer requiert moins d’énergie
que celle qui naît de la crainte et du désir
de s’y rendre pour voir et éprouver.
Le regard revient sans cesse
fouiller ce rideau opaque à angle droit de la raison,
un fonds très ancien remonte par le frisson à l’échine,
entre coutelas et consentement
cultiver les lisières pour cela.

 

 

 

 

 

 

 

 
Chronique des jours-échelle