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29/04/2019

D'un instant à l'autre

L’accord qui est fait pour l’œil
s’étendra ainsi jusqu’aux épaules.
C’est le soir qui tombe,
le ciel est tendu d’épaisses bandes nuageuses grises
que le vent par endroit déforme, déchire.
Au hasard des trouées, une vive clarté
appose des glaçures éblouissantes, des myriades
où l’œil se blesse ; dessous c’est le vert des champs
un sinople enragé d’éclat au soleil d’argent.
Les champs sont ornés de grosses boules blanches :
ici et là ce sont des arbres en fleurs, sans discussion.
Tout se joue en si peu de temps, la beauté et la faim
suffocantes. La gorge étreinte, les yeux mouillés,
les tempes dures mais sans discussion.

Qui voudrait discuter la nuit vient par le nord
le gris fonce et se teinte à peine de violet ?
— à mon premier frisson à cet instant que ferais-tu ?

 

 

 

 

(1)


Il faut courir pour trouver des prés vierges
où planter le petit couteau – en un geste.
Je vais vous dire encore comment :
torsion du poignet autour du collet,
puis de l’autre un geste bref, et trancher
— plus tard et différemment,
on fera la caresse à un beau marbre blanc,
d’abord se nourrir, voyez, ce sont là aussi, rosettes
charnues, où la dent invite à la dent,
c’est vert, c’est tendre.
Oui c’est simple, l’on se met à genoux.
Voici des heures.

 

 

(2)


Affamé – le ventre plein, du pas qui vient et
le suivant, sur la route de Sénac à Sobole
et des hoquets de rire, car c’est chaque jour
le coup du siècle ce trajet de solitude,
ce trajet quotidien de Sénac à Sobole !
La cohue éteinte par des champs de jaune
d'un Van Gogh le tonnerre à plat de la couleur
des lieux abandonnés à cause d’une fleur
si commune qu’elle dépasse l’entendement...

Suivez-moi dans le silence très aimé
à travers les grands prés de pissenlits en fleurs,
compter la tentation de l’infini, distraite.

 

 

(3)


Ou à
voyager comme on peut à vitesse interdite
[encore celle des pas] sans pleurnicher
là-bas des flamboyants, ici des pissenlits,
quand vient la culbute soudaine de l’esprit
sous le pouvoir d’un globe minuscule
disposé en faisceaux de paillettes et d’orgeat.
L’être soulevé — se prêter à la folie
du jeu de la gravitation par la pensée
autour d’un globe lumineux, sa lunerie
[là, siffloter, le voisin passe ;
discours, révolution]
avoir l’univers à l’œil dans un pissenlit.

 

 

 

 

Un parfum vert infuse l’air qu’on respire,
la sueur la laine et toute la chevelure
puis jouera la tourmente jusqu’au soir,
dans le flacon des murs : un andain d’orties fraîches
et de ronces broyées ne sont jamais vaincues,
c’est vous qu’elles apprivoisent avec la nuit.

 

 

 

 

(1)


Vaï 'fan, ici c’est inondé, prendre au plus long
maintenant j’en pleurerais, tout m’éloigne de tout
la feinte au chemin familier qui tourne en rond
je connais, tu rêvais de te perdre, voilà, c’est fait
midi sonne, oriente-toi, midi sonne, trop tard
je sais où je vais, adieu violettes d’ici
mes discrètes lares où que j’aille, en route
violettes je vais toutes vous retrouver
nous serons réunies en violente confession
de ce monde existé.

 

 

(2)


Le moindre petit empire, le regard du voisin
même sur mon sein commence un empire à prendre,
j’aimerais que s’y mêlent des tapis de violettes,
étalon-or de la moindre des autres choses
supposées existantes, l’invisible par la preuve
violette. Mais nous ferons comme avant, à défaut,
la persistance des mots d’arsenic dans l’eau
des chevaux en bataille à l’encre violette
puis s’étriller le cuir, s’aimer fort la peau neuve
pour s’éveiller encore et plus encore
entre la dernière mue des empires
et leurs morts.

 

 

(3)


La chair dénudée et les violettes c’est toujours
à pisse-fleurs, ce soulagement, la franchise
pour commencer, on reste bête jeune fille
curieuse de ses victimes puis de leur bourreau
prise au piège de l’air, plus que nécessaire,
toute l’eau enfuie mais le pubis reflété
comme dans un miroir – un instant,
puis dans un miroir sans tain, longtemps —
un empire éclairé par des rêves bleus.

 

 

 

 

 

Maintenant une nuit, riche de ce que l’on sait
pour une chasse à la permanence du monde.
Interroger l’énigme ou ne rien faire ? Nuit noire.
Ce que ce fut d’attendre qu’il se passât quelque chose ?
Par exemple une bonne rasade d’alcool fort
dans la calamintha, forteresse du trouble
d’un homme blessé qu’on aurait accompagné
jusqu’à sa chambre, ensuite
somnolence gagnée dans la vigie du cri
de la hulotte perchée dans les arbres, toute
frontière abolie, surtout plus un mot. S’en foutre.
Les blaireaux cette nuit-là fouailleraient la terre
des fossés, pour un bon festin de tubercules
(arum maculatum L.) sous la Voie Lactée.
Réponse : le festin des blaireaux sous les étoiles.

 

 

 

 

D’icelles,
ce que j’en dirais n’importerait que si vous le savez aussi.
Mais ce génie, écrasant, de la langue d’un jour
qui depuis des siècles fauche à ras le promeneur
à la vue des — stellaires — fleuries dans les fossés.

 

 

 

 

 

Elle avait babillé sous les lilas,
confiée à l’herbe humide d’un pré sans danger
pendant que de la sentence tombait le lilas ;
l’offrir c’était tailler.
Elle avait porté des brassées de lilas frais
dans les maisons importantes,
la taille ne pesait pas aux dimanches.
L’offrande odorante du bon-vouloir
et de la beauté étaient à table
aux côtés des besoins en minerais,
la donne économique d’entêtants personnages
dans une ronde de parfums où s’ordonnait finalement
– et le massacre, comment ?
mais toujours pour trop tard, la claire distinction
de la traversée éclatante d’un souffle lilas
sur sa joue jusqu’à aujourd’hui.
Le bouquet de lilas, méditer
sa source et les météorites qui le composent.

 
Chronique des jours-échelle