25.02.2010
Boudoir (II)
Ici la chambre de Monsieur et par cette porte on accède à la chambre de Madame... Madame ? Madame, faites attention à la petite marche... Elle est toute petite, on ne la devine pas dans l'obscurité du couloir mais on s'habitue.
Je vais vivre ici et cette chambre m'est donnée, à moi seule donnée. Je parviens aisément à imaginer ma petite personne fondre au creux de cette demeure. Il s'agira au début de glisser légère dans l'épaisseur d'une lumière inconnue puis lentement secréter les fibres de ma présence ici, m'enraciner, éclore à la lumière et m'y fondre. Mais je commande à cette chambre qui m'est donnée, c'est un vertige. Les fenêtres se répondent, je suis d'un côté en regard de la maison. Il y a une clef sur la porte et je pourrai laisser les volets clos. Je n'ose pas bouger. Est-ce si important de donner un cadre, des ouvertures et trois coins sombres à l'intérieur de ma tête ? C'est du moins un autre monde, un luxe. La bibliothèque a été complètement vidée, elle doit être éclairée durant tout le levant. Le bureau sera là, je ne dois avoir rien sous les yeux que le mur. La grande scène peinte est elle dans le couchant, je la regarderai et je l'habiterai ; je ne sais quel détail un jour crèvera mon attention pétrie de chagrin, ou cet autre chargé d'une incroyable joie ; ou bien à être alitée à une heure inhabituelle elle sera presque disparue dans l'ombre souffreteuse d'une fièvre passagère. Je reste loin du lit. Du lit le regard commande à la porte, en combien de pas ? Est-ce que je mourrai ici, en regardant autour de moi ainsi que maintenant ? Tous les tiroirs seront pleins alors, toutes les lumières sues et tous les pas exactement comptés dans le noir ou même les yeux fermés. Bienheureuse distance. C'est tout juste si je devine cette épaisseur particulière qui s'ouvre là, dans cette chambre qu'il me donne quand je ne soupçonnais même pas la désirer un jour. Rendue à moi-même, dans ce silence boisé que je devrai apprendre. Si j'avais peur ? Est-ce que déjà ce soir je dormirai là ? Où serai-je cette nuit dans ses bras ? Que va changer le mystère nouveau de mes heures passées ici ? Est-ce que la distance à la nuit vaudra mille nouvelles rencontres ? Etreintes demandées en frappant à la porte ; que j'aime imaginer ce beau cadeau. Ces fenêtres seront merveilles pour la lune, en mosaïque sur le sol, comme carrés de sucre, de glace, venez, venez tout droit vers mon lit et si vous me voulez il va falloir me prendre, je suis ici dans ma chambre.
Madame ! On ne touche pas les meubles ! Et on vous attend pour la suite de la visite !

