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19/01/2017

Les silences de janvier

Depuis que son nom est su
janvier commande ainsi.

Dans le silence de janvier aussi,
le plus criant est ma conscience
de l’ordre supérieur du lieu et du temps 
dans la matière écrasée
l’empreinte spongieuse
dans les fondrières gorgées d’eau
le rouissage industrieux des vertes hauteurs
sous l’œil compassé des troncs
dominés par la ramure impériale,
partout une fête incompréhensible
immobile et nue
que soulignent en cadence
de jour comme de nuit
les rafales de pluie.

Les scènes de janvier
sont le contentement étrange de la mémoire.

Aux boues limoneuses, janvier substitue
en une nuit [comme ça]
de richissimes glacis, corail blanc des forêts
comme fortunes de joailliers
jetées, hilare, à la face du monde.
Et le promeneur, couillon, qui soupire après
tant de beauté dilapidée à perte de vue du commun.

Mon tout pétrifié par les glaces
ne souffre pas, mais il attend
que finissent les grands travaux.
[foin de joailliers]

Les chênes se défont les derniers
d’une nouvelle litière au sol des forêts
que l’on pare d’émerveillement
pour s’y avancer, malheureux,
il ne fallait rien toucher,
ne pas casser la glace,
ne pas briser les dentelles de givre,
car aux éclats du silence,
vous l’avez appris enfant,
le loup s’approche toujours.
Laissez-vous dévorer, vous l’avez bien cherché.
[dans litière il y avait : draps blancs et dentelles]

Lorsque le rouge est de mise, le grand jeu
c’est l’intérieur à feu et à sang. La chair plus sensible.
Tout l’univers ramassé l’hiver dans une chambre.

Être touché
par des gants de peau d’agneau parfumée vous ferait peur ?
[parfum de janvier : la flambée d’un sorbet à l’iris arrosé d’alcool de fruit puissamment tourbé font les effluves d’un cuir de Russie.]

Ce n’est rien, un cadavre de bête en sang,
en partie dépecé, toute sa matière de charogne
retournera tôt ou tard à la terre, à ses travaux,
aux bouillons alchimiques.

Pour berner sa conscience de janvier il suffit
d’un pan de bleu pur autour d’un pin parasol.
Mais ce blues tout à coup, vague
désir d’océan qui s’immisce inutilement.
Janvier commande.

 
Chronique des jours-échelle