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24/11/2017

Novembre, névrose

Novembre, quelques roses encore… mais
en novembre pétale de fleur ne rime plus à rien
d’ailleurs on me reprocherait ce dire comme
une vanité ; fleurir comme ça... sans les tombes...
Disons alors les pléiades de gris, la pluie
dissolvant de nos cœurs le vernis rose fleur
qui nous mettront au bon pas poétique,
à son accord profond fond forme mélancolique
et un peu imbécile.
À peine une molle bande-son
suivie d’un étouffement.

Obscénité poétique et douceur jusqu’à l’amer,
du grandiose et de l’écume, des fastes des mots
ignorés de tant d’êtres niés par un monde atroce,
ceux broyés dès l’enfance et ceux jusqu’à la mort.
Les fleurs sont en novembre, l’épouvante est en nous

il suffit de la vision d’un champ moissonné, 
son désordre hostile de grosses tiges grises
pour toucher du doigt en soi la pensée
d’une terre plantée de baïonnettes où
                                      La rosée brillait sur la capote des morts. *
Et dire qu’on forge même dans la nausée.

* Giono, Le Grand Troupeau

 

 

 

 

Disons aussi de novembre les forêts,
qui sont du grand univers, son mystère,
un pan de merveille à portée de la main, pas moins.
[De celle qui vous brûle, s’il vous vient à manquer.]
C’est un incendie saturé de jaune,
l’éclat radiant des origines obscures
dans le froid, dans la pluie et même dans la nuit
— il y a quelque chose en novembre
d’un énorme gisement de silence en feu
allumé à la seule chimie organique.
[Rappelez-vous cette phrase de la théorie des passages.]
Moi je connais ces choses de la toute éternité,
j’ai poussé dans les bois, un livre dans la tête. Pas vous ?
Oui quelque chose aussi de Versailles,
l’alchimie minérale de la Galerie des Glaces
dans le génie si troublant de la démesure,
à tout prix la lumière dans la majuscule,
à quel prix la lumière depuis que la chimie et le hasard
ont placé dans l’équation d’ici-bas
les Hommes dans la balance.

 

 

 

 

Novembre. Rien que le murmure de l’âge
d’une pierre meulière broyant les fruits,
d’où s’en viennent les huiles, le gras viride et or.
Lorsqu’elles auront été mangées
d’autres fruits viendront.
– Demain serait aussi simple ?
– Autant que de me taire dans ma langue
   qui s’ébroue d’un fort gingembre rose,
   et dont il te revient en silence
   de partager le goût.

 
Chronique des jours-échelle