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18/05/2020

Perfumare II

I
Il reste peut-être les iris des jardins
qui font un ourlet de mousse bleu clair
d’une façon qui tire les larmes de l’enfance,
aussi faut-il les négliger sans hésiter.
Optez pour les fièvres baroques, couleurs, alarmes
plutôt que ceux-là, pâles et qui n’inspirent rien.

 

II
La fleur petite, vite fanée, qui vire à l’encre,
son papier chiffonné, cela aussi rappelle
– qui empêche ? – les lettres par lesquelles on s’est brouillé.
La fleur, comme illisible d’ailleurs, compliquée
protégeant quoi, avec rien, un mouchoir fin
dénoué mais demeuré en cage par mystère
cela aussi rappelle – qui l’empêche ? –
le refuge fragile d’une contenance
quand parfois l’on rougissait de comprendre.


III
Iris palladia,
il faut convoiter cette chose, ses laids rhizomes
ô princes crapauds promis à la dessiccation
puis fortune, sexe et littérature
le génie dans la bouteille a bu
l’irone – toute la formule de la passion.
Reste la fleur petite dans sa mousse bleu clair,
sur laquelle on ne se penche que pour vérifier
souvent qu’il faudra la toujours bien négliger
dans la griserie de son illisible désuétude.

 

 

 

 

 

 

I
Un muguet profitait dans l’ombre citadine
d’une courette louche abritant des trafics.
Une razzia, mais soigneuse, prélevait presque tout ;
qui, une mère, une copine – non, pas de fric –
d’énormes bouquets, en fraîches et fières surprises.
N’est-ce pas touchant, d’un mai à l’autre,
les cueilleurs cependant, changeaient souvent.

 

II
Il y a du muguet,
toujours, dans l’ombre ingrate d’une terre écachée,
des couverts humides où poussent ses ailes noires
en formation drue, entre faiblesse et danger,
des ailes immobiles clouées par un regard
apprivoisant l’ombre entre peurs et maladresses
– sous-bois trop silencieux ou jardin aux aspics.
Bientôt du muguet en fleurs les perles blanches,
blanches d’évidence dans l’ombre tout comprendre
– perles, parfum – pure convoitise,
mais je la sais.

 

III
Verdict : désirable muguet
et tandis que l’on s’enivre de son parfum
l’éphémère d'un parfum pour me dire
– car l'on est fou –
dans l'esprit tourne la roue du temps
et je ferai, avec la même terre
– fou et sage – la pensée du très peu,
quelques jours et d’un an j'avancerai dans l’âge,
le tour du soleil.

 

IV
Le muguet les yeux fermés :
pointes souples & rubans talqués
fruit en masque de porcelaine
au souffle vierge langue verte.

 

 

 

 

 

Jean Giono – écrivain – créa tout le narcisse
à l’esprit enfant qui en vivait sans les mots.
Le parfum à vomir, l’édifice sous l’eau
le mouroir qui s’y cache les embruns dans la terre
le vers nacre et le paradis énucléé
d’une part sombre – ne rien perdre – la dire pour s’en nourrir.
Sa langue cerne au mieux le silence, le narcisse.
Une histoire amoureuse en poursuit l’exercice.

 

 

 

 

 

Le flacon est à moitié vide, de son parfum
qui contient toute une enfance, un passé, juste un
quelque part le bois blond d’un hangar à tabac ;
le reste qui est trop riche, on ne le sait pas
possible dans une cour pavée où des fillettes jouent
et de leurs pensées c’est ce parfum le moins flou.
Le flacon est à moitié plein, la liste est longue
des choses apprises, vanille du sang des pertes l’onde
jusqu’à aujourd’hui d’un seul fracas d’origine
celui d’avoir été posée avec amour
en équilibre sur la terre.

 

 

 

 

 

C’est une demi-imagination folle née
et nécessaire, dont je suis l’orante dissipée
du miasme à la jonquille* mille croyances, un ciel ;
qu’avons-nous perdu ? Un certain étau du temps,
la faucheuse était-elle pleine d’équanimité ?
Toujours quelques charognes sont là pour rappeler
la leçon des couleurs primaires à mon nez,
les parfums sont à côté, poussant à plaisir
gémissements secrets surtout, le souvenir
de quelles matières quels messages aux premières aubes ?

Rien qu’une eau parfumée mais d’un certain pliage :
un consentement à vivre dans les épines
où faire une patience à la rose églantine.

*Alain Corbin

 

 

 

 

 

Il y faut l’été, ou un hiver pourquoi pas
la fenêtre est ouverte, l'univers est présent
on ignore comment vient le moment, si c'est la nuit,
le jour, quand l'homme est nu et prend son temps,
est-ce qu’il creuse l'espace du regard, le vide
ou bien en lui examine l’étoffe ;
et pourquoi quelques pas en étreignant sa nuque.
Comment vient le moment, si c'est la nuit,
le fait est alors : toujours le même geste
de verser sa cologne dans sa main en coupe prête,
serre l'eau sur son cœur, remonte vers l'oreille
s'attarde à peine sur la nuque et en tord ses cheveux.

 

 

 

 

 

 

I
Vengeance innocente du paysage
le matin vers sept heures, des litres de parfums
déversés sur la route, sur le trajet de quille
désireuse que je suis, bouleversée saisie
d’abondance, fruits mûrs, pêche blanche dans l’air
sans fruit sans récolte visible langue arrachée
un simple avertissement des parfums blessants.

 

II
Dans les mots forer le parfum,
la chair fraîche doit s’y cacher.
Nous disons donc le chèvrefeuille d’hiver :
arbuste insignifiant, malingre et troué d’air
dont les toutes petites fleurs
– une sorte de pelure à la finesse atomique,
d’une très grande pâleur de citrine –
ont des muscles en ruisseaux parfumés
claquant au nez affamé des doses stupéfiantes
avec rien, de toutes petites fleurs en pelure
et d’une très grande pâleur de citrine,
soit : une folie transparente pour la vie
sur la terre endormie.

 

 

 

 

 

À quoi s’accorderait le goût du sang
ce goût curieux sur la langue
depuis l’enfance innocente
de fleurs trop fortes et incomprises
mais qui ferait dire que la pudeur n’est plus de mise
et avec une audace mémorable, brassée de menthe
à la verdure liée, terreuse puis humide par serment
chuchoté vétiver recouvre ma peau, goûtée au sang.

 
Chronique des jours-échelle