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31/01/2019

Comme une fleur

Un clou fut le premier fer à mon pied
de silhouette fondue à demi-centaure :
enfant courant d’air libre à la poursuite
de la sororité des choses
de la terre et du ciel l’écoute
confondue jusqu’à un clou
qui fit de mes pieds sales, la découverte.
Le monde retourné dans le sang rouge.

 

 

 

Les cosmogonies ne s’arrêtent pas
pour si peu. Au drame de la chair arrachée
des empâtements avaient été donnés là,
où le corps arrêté à l’examen s’imagina,
fureur rentrée, que cette moitié de lutteur
venait des steppes lointaines de Mongolie,
— errance malheureuse
d’un prétendant à Khutulun ;
ce lutteur perdant
aurait alors été chargé d’une âme
de petite-fille punie
de la hargne d’un lutteur en cavale,
punie parce que
les cosmogonies ne s’arrêtent pas.

 

 

 

Qui fait le monde vaste pour s’y dissimuler
l’esprit à l’œil éclaireur le corps retrouvés
partout aux seuils marqués de sombres histoires bleues,
de vertes ferveurs suivies de longues extases
comme des puits aux âmes, inépuisables feux
où se précipitent les sens, qui guettent,
des échos des reflets, les inconnus d’hier
— n’était cet inexplicable accroc à la beauté
qui me suivait partout, me portait, retirant
aux lieux chargés aussi de leurs imperfections
dans le déchiffrement de toutes choses petites,
l’aveu : il ne tiendra qu’à toi en grandissant.

 

 

 

Je me souviens d’un ciel rouge gigantesque
qui abritait la maison derrière les portes closes
étrange plus que tout, je courais dans la nuit
— une nuit au tableau vivant
qui avait de terribles convulsions
et de grands calmes sur la rue
mais il faisait s’élever les yeux
au-dessus de sa condition
d’une nuit
— l’autre.
Ainsi passait le mouchoir du temps
très lentement
sur les anomalies.

 

 

 

Entre les mains des étoiles leur férule
attentive au corps ce pressentiment
dont il fallait monter de toutes pièces l’arc
en étirer les fibres pour toujours
pour toujours répétais-je
étirements entre ponts et grands écarts
la jouissance du ployer s’apprit
dans la foison des senteurs naissantes, rosies :
suées blondes & après-midi de vierges
jouant de leurs corps dorés au doigt et à l’œil.
La courte éternité de l’art de jeune fille.

 

 

 

Dans l’ombre derrière ils devaient se pencher tant
d’avoir été d’œuvres apprises aux ombres
mêlés ils étaient familiers,
où de mes mimes modèles
l’odalisque nouvelle guettait approbation
— grotesque confondu vérité chuchotée
aile poursuit ses battements de cœur
aile résonnera un jour.

 

 

 

L’été c’est le souffle du loup
haletant avec raison tout près des peaux nues
pendant que dans l’ombre au miroir se joue
la mise à vif silencieuse
de la pertinence du monstre
femelle.

 

 

 

Leur regard avait vu de la lèpre à mes jambes
je pouvais partir, l’ordre des choses était là
— autant que de me dire
chaque soir et avec émerveillement :
c’est l’aube !

 

 

  

Talon contre cuisse, l’assise à angles vifs dans
le goût d’attendre avec grande attention
pour devancer parfois l’instant d’un seul instant,
et regarder longtemps avec délectation
— ou bien est-ce d’être là
posée comme une fleur ;
la déesse derrière ses paupières
suivant le cours du monde.

 

 

 

Jouer sur la margelle des lavoirs
tremper le bout d’un pied nu pour savoir
jusqu’où aller ce jour dans la mémoire vive
du vide de ces lieux
— chevaucher le grès peut-être.

 

Ou bien, allongée sur la margelle grise,
la tête du temps des bestiaires est renversée
par la vue en bassin du toit où est prise,
des lenteurs du ciel, une eau immobile.
D’un coup de rein, jambe tendue – facile,
monter tremper un pied nu
dans le ciel souverain.

 

 

 

Privilège hivernal des caparaçons de laine :
couper au plus court par les prés aux orties où
dans une trouble impunité
naît une démarche de reine
et d’être ainsi accordée au paysage,
le désir fou d’être nue.

 

 

 

 

 

14/10/2016

L'heure cyclamen II

 

 


Les sous-bois très clairs sont parcourus de flammes
roses, minuscules, qui vous jettent à plat ventre
béat comme un enfant, tout est là, cent brasiers roses
sous le mufle que l’on désespère d’aspirer
de toute son âme pour les souffler dans des mots.


Chaque cyclamen est une flamme délicate et sage.


Je crois qu’il faisait froid, couchée dans les feuilles,
au seuil de la petite forge des forêts, à attendre.

14/09/2015

Coexistence

On leur dit  : vous devez réduire la part des coûts fixes et c'est une phrase qui équivaut à la pression de l’eau, bien au-delà de la barre des cent mètres, où l’on respire à peine et uniquement dans le but de s’exécuter grâce à une mécanique de stratégie générale qui s’enclenche et qui fonctionne d’autant plus harmonieusement que l’exécutant y a tour à tour l’espérance du prévenu, la peur du coupable et la charité sourde et aveugle du croyant. Chaque décision prise est un maillon de fer crocheté sous la peau, tous reliés entre eux par un cordon d’or de bourse, tendu, actionné par… l’air du temps. Les rêves carnivores sont pour bientôt, d’autres étranges, des silhouettes raides, sans ombres, des cous fixes. Exactement au même moment d’autres rêvent jusqu’à l’épuisement physique sur une route d'un sordide millénaire que leur vie va enfin devenir meilleure tandis qu’à chaque extrémité de cette route d’autres rêvent qu’un Roi revient défendre un défunt royaume. Exactement au même moment moi je rêvais que nous nous tenions la main, légèrement, du bout des doigts. Au matin Théophile Gautier écrivait toujours : "On ne se fait pas un bonnet de coton d’une métonymie, on ne chausse pas une comparaison en guise de pantoufle ; on ne se peut servir d’une antithèse pour parapluie".*

 

*(Mademoiselle de Maupin, Préface)

 

 

Doppler

Accélération du temps
et de plus en plus de temps passé à…
lire, relire ;
marcher sans devoir rentrer bientôt ;
ne rien faire ;
faire l'amour sans jouir, seulement faire l'amour et dormir.
Je ne me sens pas dépassée,
seulement complètement hors-jeu avec mes lenteurs de compréhension,
mes rêveries sans fin
(parfois l'attente n'a plus aucun charme puisque d'avance je la sais sans fin).
À la recherche d'un chêne indifférent…
tous le sont.
Un particulièrement…
au milieu d'un grand champ d'herbes hautes.
Les feuilles du pommier d'ornement
sont devenues grenat,
ma peau est rose,
l'horizon demeure bleu, vif.
Un bain de lumière où fixer l'instant.
Beau temps pour s'allonger.

 

 

Non lieu

Personne n'est obligé de s'allonger
dans l'herbe haute,
pour rêver,
sans contrainte ni plus de force.

Mais comme il faudrait pourtant savoir s'arrêter
et s'allonger, pour ne pas tomber plus bas que ce non lieu
tout en voûte céleste et fins piliers de serpentine.

[J'aimerais l’offrir, garder l'accès des champs, assourdir le monde].

On dirait que c'est pour rêver,
pour dormir un peu ou juste somnoler
sans faire exprès
à cause de la chaleur de juillet.

Mais la pensée claire
et le cœur très beau
devraient pouvoir aussi retrouver là
l'évident écrin des sérénités
secrètes.

[Parfois je voudrais m'en défaire
de toute cette laine
et de toute cette soie
qui m'ont été données
sans partage ;
cette opulence de l'âme qui semble décupler la vie.
Croire toujours,
ne guérir jamais].

S'allonger pour oublier
l'horizon qui est toujours trop loin
et respirer
d'avoir enfin posé un peu ses fardeaux.
Accepter de repousser son inquiétude
à tout à l'heure,
pour envisager l'existant,
les déserts et les gouttes
que l'on reçoit si follement
heureux.

[Renoncer, la chère idée si mal comprise dans le marécage sans fin des pensées qui pullulent].

Accepter d'attendre,
dans ce désert,
en étant au seul refuge possible : ce non lieu partagé.

Puis oser arrêter la balance.