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31/10/2016

Blancs

 
Le jour approche où nous formerons
des roses de lin blanc sur une épine d’acacia.
Bandelettes déchirées au bas des linceuls,
nouées en signes, au milieu de plus rien.

 

 

 

 

 

Il y a des matins blancs de paradis,
vibrants d’oiseaux invisibles
qui jouent et qui crient dans une brume étale
tandis que soi, soumis au repos semi-aveugle
de l’horizon absent et du ciel disparu,
l’on reconnaît tout juste à ses pieds
la terre brune et l’herbe mouillée;

et peut-être alors sentir,
dans cette latence du monde
à l’infime cadence stellaire,
le goût imaginé de la lune,
de la lumière et de l’innocence, jumelle
de celle propagée par le grand univers.

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Georges Bru,  # paysage au féminin (technique mixte sur papier, 135 x 198 cm)

 

 

 

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Georges Bru, # personnage bien luné  (technique mixte sur papier, 135 x 198 cm)

20/10/2016

Pivoine à l'automne

 

 

Splendeur et décadence entre les lignes humaines,
mais la pivoine est ignorante du charme trouble
d’être si opulente, pesante à son feuillage,
un dôme d’ombre en beau papier.

Fruits, gemmes vertes ouvertes sans pudeur.

Septembre, octobre, la bouche de plus en plus sèche,
les joues colorées, la rondeur cassante,
cette vive attention à la mesure des nuits.

Puis tombe la pluie, ruine l’habit.
Savoir se retirer, faste précaution,
sous les haillons qui signent humblement :
splendeur endormie.

14/10/2016

L'heure cyclamen II

 

 


Les sous-bois très clairs sont parcourus de flammes
roses, minuscules, qui vous jettent à plat ventre
béat comme un enfant, tout est là, cent brasiers roses
sous le mufle que l’on désespère d’aspirer
de toute son âme pour les souffler dans des mots.


Chaque cyclamen est une flamme délicate et sage.


Je crois qu’il faisait froid, couchée dans les feuilles,
au seuil de la petite forge des forêts, à attendre.

12/10/2016

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©  Isabelle Proust,   # Icare (détail, monotype) 2010

Silhouettes IV

 

Décroissance

Un homme fin a serré sur lui ses lumières,
en maraude sensible, égrenant les matières
pour une gourmande soucieuse des grands temps
qu’il charmait d’une esquisse à la feuille d’or et
promesse d’ébauche en pacfung et chrysocale.
Leur rire sans partage et leur amour plus encore.

 

 

 

 

Au musée

Dans l’ombre savante d’un tableau du Caravage
deux hommes parlaient trop, c'est-à-dire comme ils parlent :
dans un duel au sabre pour un air de madone.
L’un en splendide pesée des poussières,
l’autre velours et félin mais le cœur décoché.
Elle, limpide, venue de Sienne immortelle, 
qui laissait échapper entre leurs mots
la beauté d’un tanagra ressuyé de larmes.

 

 

 

 

Au monde

Courez, je ne sais pas même que vous courez.
Est-ce que le monde existe encore quand
je suis assez immobile, assez inexistante
pour voir le repos de l’oiseau bleu
sur une pierre au bord de l’eau.

06/10/2016

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© Maria Guilbert, # La petite oiseleuse  (huile sur toile, 25 x 25 cm)

 

 

 

 

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© Maria Guilbert, # La rêveuse (huile sur toile, 162 x 114 cm)

Silhouettes III

 

 

Un mot juste frappa son esprit au cimetière : l'enfant ensevelie.
Elle n’avait jamais dit ce mot auparavant.
Il lui sembla l’entendre pour la première fois,
et le mot disait l’enfant : ensevelie.

La pensée de l’enfant
— ensevelie, chantante
est toujours
à l’instant même où son esprit la touche
brisée ainsi qu’un cristal tombé.

Ensevelie dans la chute d’une clarté hyaline.

 

 

 

 

Il y a dans un petit coffre de bois exotique,
le précieux désordre d’une boîte à bijoux,
— son désordre, ses bijoux,
au milieu d’un flot de chaînettes
et de pendentifs qui furent
des exclamations, des souhaits vifs, des caprices
qui battaient et tintaient et palpitaient
à son cou quand elle dansait,
la médaille d’une petite Sainte bleu cobalt
cousue sur un ruban de velours,
et noué sur une tresse blonde.

 

 

 

Je n’aime plus que la lente pavane des chevaux.

Le bai-châtain de leur robe
en lointaine caresse
qui me charge de rêve,
disparaissant au soir
dans une brume épaisse
de lait de pavot.

 

03/10/2016

L'automne

Dans un jardin cruel

À l’automne l’eau tonne, l’haut ô, oh tonne l’eau

Son chant absurde en même temps que le compte
le compte insatisfait des douceurs
des fruits en couleur pour sa chambre d’hiver
une chambre de convoitise et d’hiver en avarice
austère et bien fermée aux nez curieux
bien fermée même au nez furieux
d’une belle touffe d’asters bleus.

(Dans le froid, les vendangeuses, c’en est fini des anges bleus.)

 

 

 

 

 

 

En forêt

L’on croit aimer les couleurs automnales
quand c’est le toit de la forêt,
ce temple,

l’été
d’un vert
qui était trop vaste.

De sa défaite alors, les fruits aimés.

 

 

 

 

 

 

 

Encore en forêt

Les forêts, en automne non plus ne sont pas sûres,
l’on y chasse et à la rosée,
dessus l’épaulement des roches je crois que
de fortes mains y tirent très lentement
les bords des mousses liserées d’or séché
et d’émeraudes pâlies sous la soif de l’été.

[silence]

Une silhouette torse échappée d’entre les arbres
fuit, dont on n’entend que le pas amoureux
à faire croustiller les feuilles mortes.

[déclaration]

Un galop d’ombre au loin,
et puis plus rien.

Une sorte de faune est passé.

 

Les fruits trop mûrs, les arbres creux *

Jour d'octobre, un automne présent et dernier. J'ai vu un cerisier peint par Seurat : une feuille verte, une feuille rouge, une feuille bistre, une feuille mousse, une feuille grenat, une feuille jade, orange brûlée,  topaze, absinthe, maïs, céladon, carmin, malachite, fleur de soufre, orpin de Perse, alizarine, anis, citrouille, lichen, garance, impérial, cuivre, rouille, roux, rubis, paille, lie de vin, sang, ocre rouge, terre de Sienne, terre d'ombre... Puis un pommier peint par Egon Schiele, un vieux pommier décharné qui étendait au chaud soleil ses courtes branches devenues osseuses, il avait le même air désolé qu'à Vienne mais d'adorables pommes rouges et nombreuses l'égayaient. Les longues tiges brouillonnes des framboisiers portaient des oiseaux et quelques fruits séchés, image vue dans un livre d'enfant trop tôt fermé. Un potager redevenu sauvage, son arrosoir proprement renversé, les branchages tressés, sur tout cela la neige tombera et une pie pourra s'y poser. Parterre chamarré de feuilles d'or, les jardins de Klimt qu'il ignore. La maison des rêves d'enfant devenue un cloître inventé où dérouler d'Anselm Kiefer les fils dorés et ceux de fer, de feu ; ma vie saupoudrée de fleurs blanches et grises ; y méditer ce que je ne sais pas penser. Le tilleul pour les cendres du futur mort, la dentelle à ses poignets, le vin en cristal, sa nature morte. Et tout ce qu'il ignore, ce qu'il ignore... Le ciel était de vase bleue** dans lequel j'ai perdu mes chagrins.


* "C'est un parc où vont les bêtes et quelqu'un s'en souvient peut-être. Les fruits trop mûrs, les arbres creux, c'était le verger du bon Dieu" Manset, 1975
** Manset, 1976

 

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© Kurt Mair,  # Ombraluce  (aquatinte, 65 x 50 cm)