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29/09/2016

Per-fumare (n°48 ?)

 

 

Dans les chemins du bord des champs, les sureaux noirs 
ont au petit matin un très lourd parfum de saine crasse
qui monte accordé à la densité sourde du feuillage,
avec de temps en temps une nuance fleurie, aussitôt regrettée
mais presque melliflue, l’énoncé d’une menace tendre.
C’est la longue nuit des bêtes qui parle dans le remugle étoilé.

27/09/2016

D'air

 

 

L’éther était balayé d’oiseaux, dans un arbre aussi
c’était festin, la vision unique d’un petit rat dépecé
par un épervier en inconstant équilibre sur une branche.
Il fallait voir, une patte fixe enserrant le petit corps
(il m’a semblé là que le rat vivait encore),
l’autre qui fouaillait dans la chair, écartait un lambeau
et subitement se saisissait de l’écorce. Le bec plongeait.


Le bois fut vite ensanglanté, de grosses gouttes tombaient,
les viscères plutôt blancs, le rat lui était gris.
C’était festin d’épervier, non pas l’heure de l’oiseau-thé.

 

Que faites-vous ma mie ?
J’attends que l’épervier en vous ait fini.

 

 

Élément :

Le son d'une lame tranchante ne s'entend pas un jour de grand vent, rien d'autre ne s'entend dans une tempête dépressionnaire qui s'abat sur la houle des champs, que le galop du vent envahisseur répandu dans toutes les directions, soufflant furieux dans les arbres dont il tord ardemment les branchages comme il tirerait victime par les cheveux, acharné jusqu'à casser ou déraciner, mais habile aussi et manipulateur car on voit bien qu'il a compromis les persistants avec une autre force, une complicité qui se trahit dans la volupté ondoyante, le mouvement profond et abandonné des aiguilles, des palmes et des feuilles vernissées, pour un tangage amoureux de longues heures.

Tempête sèche, couleur esprit de colère sans limite, rien n'est à l'abri. Le fracas et des mains géantes, mille, qui vous palpent et malmènent, semblent aiguillonner votre capacité à supporter la violente contrariété dans son plus simple élément, l'air ravageur, invisible.

Naturellement le dos se courbe et engage la tête à la protection tandis que le danger épanouit les perceptions :

dans le fol grelot d'une forêt de menthol bleu
— air soudain arraché, plaqué,
la vision arquée d'un chevreuil parfaitement immobile.


À l'insupportable plainte du quidam qui n'aime pas être décoiffé, répondre par l'image d'une lame tranchante que l'on n'entend pas un jour de grand vent.

 

 

 

 

Tout est dans le geste, et tout est dans cette phrase minuscule.
Le temps et la dévotion qui tantôt ne doit rien à l'innocence, tantôt lui doit tout. De la main à la plume à la chair, et un visage toujours, je connais cent et un visages de ceux qui se saisissent de l'animal juste mort (dans les plumes tièdes j'ai à mon tour voulu sentir battre un petit cœur encore), et qui, fut-ce lors d'un court instant, ne manquent jamais de désigner ce qu'il faut y voir aussi de la condition de leur être de chair ; d'une âme qui déchiffre partout les signes mortels d'elle-même, aux autres, vivantes par le désir.

La plume est le lit, ils le savent,
le duvet sur la peau, est la peau.

Les contours se précisent alors ou deviennent des songes.

Certains regards vous déplument de la même manière, sans vergogne mais avec un certain courage, qui est celui de leur passion, cependant que hors cela (et le génie du verbe par lequel un regard brûlant serait retourné chaste), c'est en ce domaine plus immense encore : du matin jusque dans leurs nuits le désir joue à cache-cache dans leurs gestes.

(Vous ne direz pas à mademoiselle votre fille à quelle nature morte j'ai pris des éclats de sa beauté, son œil encore ouvert au fond d'un fossé, toute cette littérature de plumes défaites, éventrée, à laquelle je m'efforçais sottement de trouver une pudeur rougeoyante au fond du fossé.)

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© Éric Alibert,  # Aigle pêcheur africain, Namibie (200 x 110 cm, encre)

 

 

 

 

 

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© Éric Alibert,  # Le chocard plonge (50 x 60 cm, aquarelle)

25/09/2016

De feu

 

Madame,
cessez de vous abriter derrière votre main,
il y a couleuvre dans votre regard
et elle file entre vos doigts ;
c’est celle en vous qui recherche,
quand votre proie vous étouffe,
la pierre brûlante d’une phrase.

 

 

 

 

C’est le plus sobre des hommes dans le siècle,
dans le siècle d’un ordre monastique intérieur,
et pourtant une fois l’an, peut-être plus,
mais il s’en cache, il se dérègle lentement,
absolument,
du matin abîmé de refus à sortir de sa chambre,
prostré dans la chaleur,
puni d’un jeûne, errant tout à l’heure,
puis que l’on retrouve baigné d’eau froide,
assis sur les cailloux
parfaitement heureux tout à coup.

La nuit… oh, la nuit…
Cette année il a tressé une couronne,
une couronne de sanguisorbes.
Il les brûlait en pleurant, l’an passé à la même heure.

Oh ce n’est pas tant s’emporter la gueule, que se l’emporter cette nuit-là.

 

 

 

 

 

À Berre-L’Étang, sur la grand-route — l’ancienne,
avant le labyrinthe entre les dépôts de boue,
les cuves en cloques dans le gémissement affreux des torchères,
ce paysage en longue maladie
drainé de toujours plus nombreuses routes,

il y a près d’une maison une vasque de pierre,
un basalte à rainures, fendu,
autrefois bain aux oiseaux,
qui est souvent rempli de feu
par Thérèse et Amaury,
et lorsque, retirés du monde
pour ne rien faire que contempler le feu
c’est Amaury que Thérèse contemple,

elle sourit à nouveau.

22/09/2016

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(photo : IS)

18/09/2016

D'eau

Mémoire d'eau

La première était ronde, c’était une bassine
pour les fruits que l’on rinçait sous la glycine.
La seconde était un bassin au jardin,
pour une leçon des choses merveilleuses.
La troisième était de pierres carrées, qui fut laissée
à manger à la nature vorace, impossible lavoir.
La quatrième était derrière une barrière,
convoitée par les bêtes et couverte de nénuphars.
La cinquième au monastère, poissons, roseaux,
toute entière aux murmures du vent et de l’eau.
La sixième là-bas près du château
où pour la première fois ainsi nommée pièce d’eau
apparut une pièce d’eau, stupéfiante entre des arbres.

 

 

 

 

Un lac

Sous le ciel dressé partout plus haut
qu’une forteresse royale ou qu’une métropole,
un lac mâchonnait ses limons sous sa face d’onyx,
géant couché dans le giron du monde,
ce lac dévolu au recevoir infini était
en grande paix naturelle avec lui-même ;

les eaux tailladées chaque jour un peu plus
par les hommes pressés, faibles et ignorants
du temps complexe des limons.

 

 

 

Rhizome

J’écris ces mots à l’abri des dunes, quelque part dans le Delta du Rhône.
Tout y est parfaitement à sa place ainsi que dans les psaumes :
d’une joie détachée de la fleur sur le sel, à l’inquiétude de mourir
sans avoir su faire révérence à la mesure de cet univers.
Je serais une morte décevante, embarrassant l’espace
de soupirs, suppliant le temps de lui revenir
pour comprendre l’équilibre avant d’en mourir.

Pour l’heure j’aime, et les virgules et les lys des dunes.

 

 

Élément :

Je t'ai simplement dit cela : vouloir ; vouloir tenir entre mes mains l'eau nécessaire à ma toilette. La verser en creux, à rebours de tous les écoulements venus d'on ne sait où, disparaissant. C'est ridicule et vain, donc cela m'est nécessaire ; une fois, certains matins. Non, je ne réclame pas le contraire de ce que je désire car je ne veux pas mieux que ce que j'ai de simple, je veux seulement faire les choses autrement. Un temps à faire autrement. Oui un manteau sur ma chemise, l'eau puisée en regardant la lune, le froid sous ma chemise qui me presserait de rentrer et avoir peur de l'ombre autrement familière du jeune cyprès dans la brume parce que je ne sais même plus si je sais encore avoir peur. Chauffer l'eau, attendre, ne pas être distraite pour ne pas me brûler. Souffrir du poids de l'eau, être précautionneuse en versant, me brûler quand même. Cette eau, un gant et du savon, voilà, je te découvre l'essentiel au pied du lit, la géographie matinale des odeurs sur ma peau et tu recules. Tout cela est trop ancien, n'a plus cours mais aujourd'hui je ne sais plus exactement où je dois poser les mains sur les choses du monde pour qu'il existe encore. Rien ne résiste, tu ne me veux jamais de mal, je deviens transparente.

 

 

Il faut se méfier de l'eau qui dort ;
voilà une de ces petites phrases
à la tournure parfaitement simple
mais mystérieuse, grande comme
un petit coffre bourré de sagesse ancestrale,
celui qui est rangé sur une étagère haute
dans l'armoire de votre tante Alodie Maury.
Quand immanquablement on découvre
l'armoire plus petite que dans son souvenir,
que le coffre a été ouvert maintes fois
à la manière dont on a pénétré le sens des mots,
que reste-t-il ?

L'expérience effrayée de l'eau qui semble dormir,
la peur sans l'enfance ;
la violence ruisselante sous un manteau de sagesse.

14/09/2016

Écrire

 

 

 

L’écriture, qui vient après, peut être
la minutieuse contemplation de ce qui reste
sous les cendres d’un incendie et sous les cendres
de toutes les images pour le dire.
Ce qui reste d’un éblouissement
et de l’irradiation continue.

La passion sûre et le silence des salamandres.

10/09/2016

Paysage, silence et

 

Au bout d'un chemin andalou, dans la province de Malaga 

C’est un paysage rêvé du dévonien,
un massif effeuillé en longues strates douces et
accrocs telluriques ourlés de remords,
kartisque donc, comme un immense missel
à ciel ouvert, un missel ocre et blanc
éclaboussé de murmures fossiles,
de spirales papelonnées,
et de somptueuses ammonites
qui à force d’être parfaites de limites et d’élans,
inspirent le mystère d’un ordre supérieur.

 

 

Silence et

J’ai toujours vécu dans le silence
d’un lent écoulement d’or
imaginaire et les songes d’opaline
d’une parfaite chambre à écho
où je cochais d’un doigt sérieux
la moindre diérèse ; Baudelaire,
mon Dieu, savait y faire, mais
pensa-t-il jamais au difficile violier
que je viens de cueillir à l’instant
de votre bouche, pour mon plaisir. 

 

 

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Dominique Rousseau  # Terre de braise 1 & 7 (série Papiers, 2007)

Série de papiers, 30 x 22 cm. Chanvre, lokta, kozo,  empreintes, pigments, inclusions végétales et fragments de gravures anciennes (« L’Univers pittoresque Histoire et description de tous les peuples De leurs Religions Mœurs Coutumes Industries - Brésil par Ferdinand Denis - Publié par Firmin Didot Frères Rue Jacob 56 »  1839.)

09/09/2016

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(photo IS)