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29/09/2016

Per-fumare (n°48 ?)

 

 

Dans les chemins du bord des champs, les sureaux noirs 
ont au petit matin un très lourd parfum de saine crasse
qui monte accordé à la densité sourde du feuillage,
avec de temps en temps une nuance fleurie, aussitôt regrettée
mais presque melliflue, l’énoncé d’une menace tendre.
C’est la longue nuit des bêtes qui parle dans le remugle étoilé.

 

Un parfum est des récits qui n'ont un titre que pour pouvoir être relus. Un parfum est des histoires à raconter dont une seule a été véritablement écrite, moitié par des mots, moitié par des signes, l'originelle perdue à tout jamais dans le souvenir oral de son élaboration. Le temps de l'alchimie n'est pas révolu.
La trame d'un parfum est consignée dans la géométrie triangulaire (ou quadrature pyramidale) de ses notes qui sont des amers imprécis soumis à des familles évanescentes où les lois changent et dont on réécrit l'histoire.
À partir de la note de tête, et plus exactement à la seconde où la narine est perforée par l'invisible du parfum, jusqu'au plus profond de la coulée spatio-temporelle possible ici-bas, tout est réécriture d'invention, motif de conversation, interprétation, citations, correspondances, introspection, inquisition ou madeleine, miroir ou appât, confession, récit mnémotechnique, identification, course-poursuite, cristallisation, littérature et références de civilisation, tissage savant des traces humaines les plus lointaines, révélation, re-ligere, mystère. Des mots encore et toujours à la recherche du sacré : per fumare une abstraction, ou l'invisible.

 

Lavande 1*


Refaire à l'infini le parcours violet d'une brassée de lavande dans les rues bavardes, en riant, un mouchoir imbibé d'alcool fort, pressé sous la narine. La lavande a été volée aux hommes, à en être d'humeur à les défier. Spécialité de l'individu ? Le feu puis le fil, le tranchant dans la fournaise d'une forge en plein juillet. Je bois, il est ivre ; il s'écroule, je l'entortille dans son tablier de cuir et je serre les cordons. Longue contemplation de l'animal qui bouge à peine ; je le fouille au corps, passe encore le temps en grignotages gourmands si bien que l'un dans l'autre il m'endort. À minuit sombre, d'élégance retournée, comme on le dit d'une fine pièce en peau chez un pélégantier, je dansais toujours dans ses bras (tel est pris qui croyait prendre).

* Fourreau Noir / Lutens

Lavande 2**

Les derniers épis les plus odorants (c'était tout ce qui était possédé) encore souples sous les doigts ont été posés en offrande sur le sable brûlant, au pied du mur d'une citadelle nue ; le feu prend on ne sait comment tandis que s'envolent dans l'air chaud les grains que l'on suit du regard. C'étaient les derniers grains et les plus beaux, alors de s'en défaire le bleu s'est troublé de larmes. Tout pourrait se finir ici mais les tiges fines de la lavande, ces maigres bois parfumés sont devenus rêches et quand on les froisse, s'écoulent quelques gouttes d'huile sèche. Mais qui offre cette fois dans le brûle-parfum, un grain d'encens, un grain de résine ? Au réveil, dans le linge ou dans la cendre on trouva des perles suaves et dans le vent de lamelles vertes qui les dispersa, le goût des dernières amandes brûlées au rhum qui ne quitterait plus jamais la peau (où l'on ne perd jamais rien à se donner).

** Gris Clair... / Lutens