Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

29/06/2018

Juin 2018

Paysage du jour :

La terre à fleuve d’un marigot où mijote une paresse de verdure.
Tu seras la proie ou l’ébène, souffle le vent.

 

*

 

Paysage du jour  :

C’est l’enfant-terre apparu
entre les sanies verdâtres des herbes couchées et le vagissement des boues.
Les yeux brûlent d’une soif d’engloutissement
dans les eaux véritables d’une hauteur marine.

 

*

 

La chasse à l'arrêt :

Entre les doubles-rideaux de pluie
un rayon de soleil comme un coup de fusil
sur un tout petit point du paysage.
Peut-être le doigt de Dieu, posé sur un buisson de roses,
et sa lassitude.
Les flots pressés courent toujours.
La noyade a grand faim.

 

*

 

« Entrer en poésie comme on entre en religion. Par la porte des athées. » 
Alain Jadot (postface à Poèmepoèmes / Oskar Pastior, traduction Alain Jadot, éditions NOUS)

 

« Crains, dans le mur aveugle, un regard qui t'épie...

... Souvent dans l'être obscur habite un Dieu caché... »
Gérard de Nerval, Vers dorés

 

*

 

 

« parce que vois-tu l’homme a besoin de beaucoup plus avec le moins
une tranche d'air & une tranche de terre avec de la cannelle par dessus »
Yánnis Ritsos, Le Chef-d’œuvre sans queue ni tête (1978) Traduction Dominique Grandmont

 

Ritsos, de l’autre côté aussi
on a fait des cascades en béton
avec des murs blancs pour papier glacé,
la vue sur la mer et des volets fermés.
Ils moururent tous le même jour,
dans le regret
d’un parfum flambé au soleil des pins.

 

 

*

 

 

« & les femmes peignaient leurs baignoires en vert & jetaient dans l’eau des grains de laurier & de petits bateaux en papier »
Yánnis Ritsos, Le Chef-d’œuvre sans queue ni tête (1978)

 

Mon nez buvard sur la peau de Nina,
brune amie, d’entières phrases boisées
à la rose et au styrax.
Ma tresse blonde entre ses mains.
La sueur dans nos jardins,
ne rien dire des jours.
Depuis le temps, le geste a la parole.

 

 

*

 

 

« je me réjouissais de vivre la belle époque des bouleversements sociaux & dans la Lumière qui brûle de Varnalis
j'écoutais les feuillages grecs des étoiles & ce frou-frou-frou de la prodigieuse & séculaire énigme »
Yánnis Ritsos, Le Chef-d’œuvre sans queue ni tête (1978)

 

Les yeux fermés, frayer purement les écorces.
Les yeux fermés, un fruit pris pour amorce
à l’élasticité ligneuse des branches
et pour une seconde d’Ève affolée,
un touchant respir de feuillage.
La mémoire templière est sans rousseur à la lumière.

 

 

*

 

Une cascade mais
derrière un mur de ronces bleues,
le phare aux murmures.

 

*

 

 

« cela ne coûte rien de donner des conseils quand on a deux chaises pour y allonger les jambes & toute la lumière du soleil
quand on prend un second café qu’on a son eau fraîche à volonté & un parasol rayé de vert & blanc»  
Yánnis Ritsos, Le Chef-d’œuvre sans queue ni tête (1978)

 

Mais tel qui pioche sa terre, maîtrise le taureau,
la prière apprise au contentement de peu,
ostinato des courbes à jamais défiguré quand
il ne vit rien de lui dans le grand miroir du mythe,
celui-là maintenant pioche sa terre comme le cœur des hommes,
par jeu.

 

 

*

 

[21 juin 2018]
Ce jour, ce long jour,
guetter un tremblé à l’aiguille améthyste du cadran solaire
puis prendre à l’air radiant un haut degré de
surélévation dans le gréement des siècles
pour aller, à cheval sur un faîte,
s’épanouir au jour, ce long jour.

 

Des cheveux si rouges
soleil et colline.
À ses genoux la moitié du pain.
Il craqua une allumette
la mit dans sa bouche.
Maintenant — dit-il —
la nuit peut tomber. 
Yánnis Ritsos, Papiers II (1974) Traduction : Dominique Grandmont

 

 

*

 

 

« & je me suis assis par terre à côté d’elles
& je les ai aidées à éplucher des oignons
& je me suis senti très humble & très beau parce qu’en fait je ne savais rien » 
Yánnis Ritsos, Le Chef-d’œuvre sans queue ni tête (1978)

 

Je pourrais parfiler le sisal des rideaux du palais
moudre des farragos dans une potion au lait,
rire d’être piquée par les mouches de lumière
avoir le sein bleui, coudre et attendre ;
mais je suis tenue d’ordonner les grand bois.

 

 

*

 

Paysage du jour :

Le pieu solaire s’est fiché au cou de la terre
dont l’argile ébrouée en crevasses immédiates sur
un aplat de décombres, crépite, craque.
Mon sentiment de punition, avenir d’une lourde sentence,
pèse à mon cou. Mais les papillons. Mais l’ombre fraîche.
S’il suffisait d’ordonner…

 

*

 

La chasse à l'arrêt :

Lorsque, à nos yeux, des paons de feuilles immobiles
habitent le sous-bois, nous aurions presque peur
que de la présomption du ciel surgisse
un tigre bleu pâle. Babel
aurait eu des fondations dans pareil silence.
Babel, le temps du vivant et de la multitude.

 

*

 

 

« & soudain je me rappelai celui qui avait enlevé ses chaussettes & mis ses pantoufles en attendant qu’on le pende
& que la guillotine fût passée de mode n’empêchait pas les fleurs sauvages de porter de petits capuchons » 
Yánnis Ritsos, Le Chef-d’œuvre sans queue ni tête (1978)

 

Enfant vois-tu dans l’abîme vert pour la soif,
la margelle est étroite. Vois-tu le blanc de cette fleur,
pur, jusqu’à l’envie ou le rire.
Enfant, les noms qui gardent les visages, les sources.
Sais-tu déjà, l’abîme, le rire.
Enfant, entends, d’ores jusqu’au souvenir.

 

 

*

 

La chasse à l'arrêt :

Agrandir cet instant
d’une eau pareille aux Andes bleues
dans une herbe immense sans troupeau
jusqu’au prophète d’un tremblement de terre
intérieure.

 

*

 

La chasse à l’arrêt :


Les schismes terrestres et les coraux morts
sont passés nuitamment sous l’ombre sans blason
d’un ciel phosphorescent
jusqu’à l’antique.
Une éternité à venir
dans la substance d’un puissant vin de sauge
et d’un astrolabe,
le goût du temps simplifié d’une heure. 

 

*

 

Les ramblas promises au centre-ville sont en travaux, le chantier de mine à ciel ouvert est maintenant dans la fournaise de l’été, compliqué pour les forçats de pièges respiratoires et de voies souricières où le rose chalumeau de nos rouges-à-lèvres ne s’arrête jamais.

 

 

 

                                               (à Adèle Nègre)


Le haut lignage de l’intimité d’une dame
peut être le poids et la mesure d’un monde,
sa minutie dévorante, les plans fastes du jardin
au centre palpitant d’un vocable illuminé dans une phrase ;
d’être toujours armée de ses larmes
puis d’elles comme d’une loupe
(voir la racine du rose, les gemmes torrides)
et du plus profond de son sang dont (le bel oiseau vert)
il faut se débattre,
deviner et nourrir
sa langue.

 

« Après quoi la nuit est tombée
deux chaises en bois
au clair de lune
sur les chaises
eux deux
les pieds nus
face à face
effleurant juste
le bout
de leurs pieds. »
Yánnis Ritsos, extrait de Erotica (1981)
Traduction Dominique Grandmont

 

 

 *****

 
Chronique des jours-échelle