Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

27/09/2016

D'air

 

 

L’éther était balayé d’oiseaux, dans un arbre aussi
c’était festin, la vision unique d’un petit rat dépecé
par un épervier en inconstant équilibre sur une branche.
Il fallait voir, une patte fixe enserrant le petit corps
(il m’a semblé là que le rat vivait encore),
l’autre qui fouaillait dans la chair, écartait un lambeau
et subitement se saisissait de l’écorce. Le bec plongeait.


Le bois fut vite ensanglanté, de grosses gouttes tombaient,
les viscères plutôt blancs, le rat lui était gris.
C’était festin d’épervier, non pas l’heure de l’oiseau-thé.

 

Que faites-vous ma mie ?
J’attends que l’épervier en vous ait fini.

 

 

Élément :

Le son d'une lame tranchante ne s'entend pas un jour de grand vent, rien d'autre ne s'entend dans une tempête dépressionnaire qui s'abat sur la houle des champs, que le galop du vent envahisseur répandu dans toutes les directions, soufflant furieux dans les arbres dont il tord ardemment les branchages comme il tirerait victime par les cheveux, acharné jusqu'à casser ou déraciner, mais habile aussi et manipulateur car on voit bien qu'il a compromis les persistants avec une autre force, une complicité qui se trahit dans la volupté ondoyante, le mouvement profond et abandonné des aiguilles, des palmes et des feuilles vernissées, pour un tangage amoureux de longues heures.

Tempête sèche, couleur esprit de colère sans limite, rien n'est à l'abri. Le fracas et des mains géantes, mille, qui vous palpent et malmènent, semblent aiguillonner votre capacité à supporter la violente contrariété dans son plus simple élément, l'air ravageur, invisible.

Naturellement le dos se courbe et engage la tête à la protection tandis que le danger épanouit les perceptions :

dans le fol grelot d'une forêt de menthol bleu
— air soudain arraché, plaqué,
la vision arquée d'un chevreuil parfaitement immobile.


À l'insupportable plainte du quidam qui n'aime pas être décoiffé, répondre par l'image d'une lame tranchante que l'on n'entend pas un jour de grand vent.

 

 

 

 

Tout est dans le geste, et tout est dans cette phrase minuscule.
Le temps et la dévotion qui tantôt ne doit rien à l'innocence, tantôt lui doit tout. De la main à la plume à la chair, et un visage toujours, je connais cent et un visages de ceux qui se saisissent de l'animal juste mort (dans les plumes tièdes j'ai à mon tour voulu sentir battre un petit cœur encore), et qui, fut-ce lors d'un court instant, ne manquent jamais de désigner ce qu'il faut y voir aussi de la condition de leur être de chair ; d'une âme qui déchiffre partout les signes mortels d'elle-même, aux autres, vivantes par le désir.

La plume est le lit, ils le savent,
le duvet sur la peau, est la peau.

Les contours se précisent alors ou deviennent des songes.

Certains regards vous déplument de la même manière, sans vergogne mais avec un certain courage, qui est celui de leur passion, cependant que hors cela (et le génie du verbe par lequel un regard brûlant serait retourné chaste), c'est en ce domaine plus immense encore : du matin jusque dans leurs nuits le désir joue à cache-cache dans leurs gestes.

(Vous ne direz pas à mademoiselle votre fille à quelle nature morte j'ai pris des éclats de sa beauté, son œil encore ouvert au fond d'un fossé, toute cette littérature de plumes défaites, éventrée, à laquelle je m'efforçais sottement de trouver une pudeur rougeoyante au fond du fossé.)

 
Chronique des jours-échelle