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30/01/2016

Janvier 2016

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Christopher KNOX  South Downs Winter #1 (gravure)

 

 

Hiver — jeunes pousses,
haies nues, leurs baies aux oiseaux.
Le couteau du gel. 

 

 

Brouillard sur la plaine
Rêve pivoine couleur chair
Dormir à tes lèvres.

 

 

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© Louise Feneley Whispered 2004 (oil on Belgian linen 150 x 220)

 

 

Amoureuse née.
À l’arc de Cupidon me sied
le rose ou le vermillon.

 

 

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© Louise Feneley And than a change came 2004 (oil on canvas 102 x 102)

 

 

 

Nuance — un trait noir
à ses yeux de jeune-fille.
Elle m’habite encore.

 

 

 

 

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© Marie-Louise Martin A Spring Evening Long Ago (etching and embossing)

 

 

 

Schumann, Fantaisie
Prunes de jardin en fleurs
L’éternité — viens.

 

 

 

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© Graham FRENCH Cloudscapes - Co. Kerry #3, Ireland

 

 

 

Ne t'avais-je pas dit que l'hiver nous serait propice ? Sans avoir pourtant un seul instant pensé jouer à m'absenter jusqu'à l'hiver. J'étais allée rejoindre la fille aux pieds nus que j'avais rencontrée au cours d'une de mes promenades dans les chemins. Je me souviens de sa réprobation muette, ses lèvres surtout, pas un regard mais sa tête animale qui regardait dans la bonne direction, vers la pièce d'eau entourée de saules à la végétation alors renaissante, leur fortune en toutes petites pièces et la sente sèche qui y mène, toute cette évidence dont elle semblait gémir en raidissant la nuque, entêtée. J'ai vu tout cela. Lorsque nous fûmes dos à dos, nos têtes enroulées l’une sur l’autre – je sentais l’émouvante torsade liquide de sa chevelure, le dôme du ciel fondit sur nous. Sa dévorante solitude, ce néant de sentiments, cette atonie absolue perfora notre poitrine instantanément. C’est avec cette blessure à vie que je te reviens.

Mousses fougères feuillages
légers
bruissant
en profonde paix
même approchant de l’humidité noirâtre des rochers.
Même à la nuit tombante
même à la nuit tombante.

 

 

 

 

 

Liste de courses célestes (choses vues) :
Le ciel en fleurs du 14 juillet (flon-flon)
Tiges racines rameaux vs filet d’eau (une chute)
Pieds nu(it)s et sa goutte de sang à la patte (minuit animal)
Givre bleu (saupoudré d’opale)
Opale, ce livre changeant à mon doigt
Gifle bleue (vent d’Autan)
Obsidienne rayée (le champ dans la nuit)
Glaçons baguette d’eau pain liquide et olivettes (pour un jeûne)
Pillage d’étoiles (l’amour dans l’herbe)
Escargot des sables (vision au réveil)
Les vêtements sauvages (près du lit)
Bruit de femme (soie)
Des billes et des lilas (au jardin d’enfant)
Décombres de décembre (bombardement sous les sapins)
Beige et pire (une vieille)
Peau d’âme azurée (un souvenir d’enfant)
Vannerie en tapage (toute la campagne au marché)
Les cuisses ourdies de raison (flirt)
De la passion sous la neige (état intime)
Sur le fil d’un couteau, ou sur son damas bleu (Janus)

 

 

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©  Benoît FURET Enluminure ( Brou de noix et encre ferro-gallique sur papier artisanal de lin.)

----- avec la très aimable autorisation de Benoît Furet -----

 

 

Le bon prince Mychkine
en mars à Saint-Pétersbourg.
Sa mort en saccades.

 

 

Detroit, Michigan
Le rouleau du temps qui passe.
Fortune — défaite.

 

 

Passage à Berlin
Toute Babylone prise
rayonne sous verre.

 

 

 Rose nonpareille.
C’est de l’été à l’hiver
à Vienne, l’or enfui.

 

 

 

Hambourg à grands traits
d’eau — à grands traits verticaux
vers les quais, la mer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

12/01/2016

Papier bulle

Ton altérité comme un papier de verre parfois m'écorche, me blesse ou me malmène, alors de la voix — plutôt papier chiffon, tu essuies mes larmes.
Des heures de qualité papier de soie à ton exquise prévenance, en plaisir fou d'aimer certaines mêmes choses, joue contre joue (poudre et papier de riz) comme lorsqu’en visite au musée Guimet (papier chinois).
Je lis beaucoup sur papier vergé, j'écris un peu ici (tu sais comme je raye, papier mâché ou brûlé) et là cet écran ressemble plutôt à du papier bristol.
Je crois que tu m'aimes peut-être un peu trop (papier à en-tête) mais tu sais me donner chaque nuit (papier cristal) une jolie petite nuit (archives privées) et au matin, rosée soyeuse, le visage serein comme papier vélin.

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(Maillol, La femme à l'épine, 1920)(photo : IS)

02/01/2016

Hantise

 

Votre hantise au coquelicot
sa soie noire et rouge soupir,
de sa bouche le souvenir
L’amour, la dévotion au rouge
L’alcool qui vous rachète
des champs de ses coquelicots
et tout ce noir à votre âme
tout ce qui noiera votre âme.

 

 

 

La masse des champs est chaloupée
de vagues cultivées
jusqu’au piémont.

La ligne d’horizon déferle,
constante vague immobile
prise par le ressac
de la pierre.

La montagne mousse de neiges éternelles
Les chemins coulent une tranquille brasse
Risée sur les blés tendres,


beau temps pour naviguer.

 

 

N’est pas coutume

La petite annonce disait :
Île à vendre,
1 hectare, sur la Dordogne.
Nombreux arbres anciens,
2 noisetiers.
Berge aménagée.
Ni eau, ni électricité.
Prix négociable.
(Il me revient cette lecture au sujet du Siècle d’Or hollandais, les marchands qui finissaient toujours par l’emporter.)
Folie,
le propriétaire ne pourrait-il changer ?
Crues régulières,
couvées et leurs cygnes qui en barraient l’accès,
puis les impossibles nuits consécutives
l’emportèrent.

Et maintenant ?

Invraisemblable
préoccupation de femme,
l’élégance
de cet homme.
Parler de cette séduction-là,
muette,
réprouvée en ces temps.
(Renaissance italienne cette fois, Castiglione s’il m’en souvient – Renaissance vous dis-je, un homme enfin, pour la codification de toute bienséance.)
Oh c’est vous, dit-il, s’arrête.
Il doit savoir prononcer
sprezzatura,
sinon le lui quémander, poliment.
Je vous…
le bel émoi,
un jour de pluie bien sûr.

Ensuite ?

Oh… rien,
un champ de cailloux,
et du travail pour mille ans.
Rivière, chaos, cairn,
comment dire ?
tout un Caillois déversé en vrac
chez moi.
(L’homme a des Lettres et en sourit.)
Au mot galet,
hasardé,
Son regard change.
Un peu de prudence,
nous y reviendrons ;
c’est pour mille ans.


Et après ?

La suite, curieuse,
est ainsi faite.

 

 

Perle I (or rose, déclarations, emblèmes, tableaux perdus)


Passion pour un homme d'étoffe pure
qui rêve de foudre
à la vue des ablutions de gris
par lesquelles la pluie de mars, en savants voiles carrés,
caresse le dos du paysage.

Solsequia, infatigable
remontée des chemins en croix
avec au fond de l'âme
les racines pieuses du silence.
Tout lui est sel
et eau.

La giboulée le long de la route, dit-elle,
a fait les platanes dressés à la corde ;
ivoire poli au galet, enduit vert amande de l'autre,
sur un mur grisé, velours mat.
Devant derrière
par le soleil pris dans mes cheveux,
la lente effusion de son sourire.

Tout en mars est pensée exprimée
de lumière solaire,
reprise
qui se dépose partout en longues gouttes d'or.

De la fougue des noisetiers tortueux
aux capuchons encore posés sur toutes les couleurs,
diverses diffractions du sentiment amoureux
existent à travers son seul regard.
Préférence pour le rose animal qui se dessine.

En matière de perles tu vois,
toutes sortes de mots cascadent sur la langue
qu'il faut savoir embrasser.

 

 

Perle II


Dans les forêts à contre-clair et les jardins rendus sauvages,
être pour toujours
cette petite moniale qui prononça ses vœux
et écrivait des signes au ciel. Au bel étang, à ses reflets,
à l'aplomb du soleil entre corymbe et lys.

Quand l'esprit du monde dansera,
en corolle sous la lune,
par ses lueurs de perle rouge, être touchée.

D'un signe à l'autre disparus au monde,
au bel étang, à ses reflets,
c'est bien encore, toujours, l'aimer.

.

 

 

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(photo : IS)