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02/01/2016

Hantise

 

Votre hantise au coquelicot
sa soie noire et rouge soupir,
de sa bouche le souvenir
L’amour, la dévotion au rouge
L’alcool qui vous rachète
des champs de ses coquelicots
et tout ce noir à votre âme
tout ce qui noiera votre âme.

 

 

 

La masse des champs est chaloupée
de vagues cultivées
jusqu’au piémont.

La ligne d’horizon déferle,
constante vague immobile
prise par le ressac
de la pierre.

La montagne mousse de neiges éternelles
Les chemins coulent une tranquille brasse
Risée sur les blés tendres,


beau temps pour naviguer.

 

 

N’est pas coutume

La petite annonce disait :
Île à vendre,
1 hectare, sur la Dordogne.
Nombreux arbres anciens,
2 noisetiers.
Berge aménagée.
Ni eau, ni électricité.
Prix négociable.
(Il me revient cette lecture au sujet du Siècle d’Or hollandais, les marchands qui finissaient toujours par l’emporter.)
Folie,
le propriétaire ne pourrait-il changer ?
Crues régulières,
couvées et leurs cygnes qui en barraient l’accès,
puis les impossibles nuits consécutives
l’emportèrent.

Et maintenant ?

Invraisemblable
préoccupation de femme,
l’élégance
de cet homme.
Parler de cette séduction-là,
muette,
réprouvée en ces temps.
(Renaissance italienne cette fois, Castiglione s’il m’en souvient – Renaissance vous dis-je, un homme enfin, pour la codification de toute bienséance.)
Oh c’est vous, dit-il, s’arrête.
Il doit savoir prononcer
sprezzatura,
sinon le lui quémander, poliment.
Je vous…
le bel émoi,
un jour de pluie bien sûr.

Ensuite ?

Oh… rien,
un champ de cailloux,
et du travail pour mille ans.
Rivière, chaos, cairn,
comment dire ?
tout un Caillois déversé en vrac
chez moi.
(L’homme a des Lettres et en sourit.)
Au mot galet,
hasardé,
Son regard change.
Un peu de prudence,
nous y reviendrons ;
c’est pour mille ans.


Et après ?

La suite, curieuse,
est ainsi faite.

 

 

Perle I (or rose, déclarations, emblèmes, tableaux perdus)


Passion pour un homme d'étoffe pure
qui rêve de foudre
à la vue des ablutions de gris
par lesquelles la pluie de mars, en savants voiles carrés,
caresse le dos du paysage.

Solsequia, infatigable
remontée des chemins en croix
avec au fond de l'âme
les racines pieuses du silence.
Tout lui est sel
et eau.

La giboulée le long de la route, dit-elle,
a fait les platanes dressés à la corde ;
ivoire poli au galet, enduit vert amande de l'autre,
sur un mur grisé, velours mat.
Devant derrière
par le soleil pris dans mes cheveux,
la lente effusion de son sourire.

Tout en mars est pensée exprimée
de lumière solaire,
reprise
qui se dépose partout en longues gouttes d'or.

De la fougue des noisetiers tortueux
aux capuchons encore posés sur toutes les couleurs,
diverses diffractions du sentiment amoureux
existent à travers son seul regard.
Préférence pour le rose animal qui se dessine.

En matière de perles tu vois,
toutes sortes de mots cascadent sur la langue
qu'il faut savoir embrasser.

 

 

Perle II


Dans les forêts à contre-clair et les jardins rendus sauvages,
être pour toujours
cette petite moniale qui prononça ses vœux
et écrivait des signes au ciel. Au bel étang, à ses reflets,
à l'aplomb du soleil entre corymbe et lys.

Quand l'esprit du monde dansera,
en corolle sous la lune,
par ses lueurs de perle rouge, être touchée.

D'un signe à l'autre disparus au monde,
au bel étang, à ses reflets,
c'est bien encore, toujours, l'aimer.

 
Chronique des jours-échelle