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25/07/2017

Juillet, d'un rare Occident

Des vipères logent au domaine abandonné.
Le crissement des insectes précise la quiétude,
la quiétude absolue d’une stèle et d’un beau Médicis.
Le toit menace.
Le puits n’est pas fermé.
Puis encore ?
Le verger est à découvert depuis la route,
adieu les fruits. Juillet pourtant, je me souviens,
d’un piano de Rachmaninov.
Puis ?
Les racines du saule ont crevé l’escalier.
Le bassin étouffe.

Un violent désir aurait soudain raison
d’une concrétion rose encore trop peu humide.

 

 

 

 

 

Juillet des affûts, le soir
au sortir de l’écrasement de l’être
après des paresses de chrysalide,
l’apparition d’une yole fugitive
d’entre les monts de pierre noire,
donne en un instant
la compréhension du salut par la grâce.

 

 

 

 

 

La tremblaie absorbe la moitié des rivières
mais c’est en juillet que la feuillée captive
et bruisse au mieux,
du ponant jusqu’aux étoiles,
quand toutes les eaux brillent en bruit,
là où le jour n’existe plus.
[parfum de juillet : cueillir avec toutes les larmes de dévotion possibles, une fleur d’un magnolia, d’une nuit le fanal, sa fumée est un tabac dont la fraîcheur a déployé le mystère des tarots vanillés et auxquels viendront simplement s’agréger des senteurs animales.]

 

 

 

 


Promenade au bord d’un cratère
— juillet a la dimension d’un delta de chaleur
où le cœur s’affole et récite ses savoirs
où l’âme se grise dans le sillage ascendant d’un oiseau de proie
où l’esprit taille sans fin des silex en souriant aux étincelles.
L’Être de tout embellit.

 

 

 

 

 

Juillet donne de l’expérience —
entendez par là ce que les récoltes contiennent de futur.
On dit encore : l’expérience parle —
mais c’est la peau qui est tannée
et quand les rayons du soleil
s’y brisent en fins morceaux
on entend alors avec effroi,
seulement ceci :

mourons, rien d’autre ne presse.

 

 

 

 

 

Là-bas, sous ces boursouflures à l’écorce
— comme des lèvres gonflées,
il y a un grésillement d’immortelle,
une purulence d’ombre sèche
et des abeilles noires ;
on dévierait de sa route pour un peu moins que cela encore.
Juillet alors se tiendrait à nouveau,
surtout vers les trois heures,
entre de simples piquets de châtaignier,
dans le jardin d’un rare Occident.

 

 

 

 

 

Juillet, la glace n’existe plus.
Pour une fraîcheur de gisant
on se bat
sous la muraille nord d’un château de marquisat
où la glacière vide semble
— encore un peu,
détachée du sort de la terre,
incendiée ailleurs.
On éventrera bientôt l’ombre tout autour.

 

 

24/06/2017

Juin, jusques aux portes

Juin, la terre qui est riche de lectures
est devenue illisible,
enfouie sous une épaisse marée d’herbes hautes
où même parée de privilèges je ne suis plus
que la sente têtue de la trace animale,
je suis menée
comme au premier jour
comme une novice
sur un petit chemin plein de mystères
et de pourquoi.

 

 

 

 

Juin,
le précieux n’est pas toujours minuscule.
On fane à perte de vue —
pour l’amour des bêtes
— et l’honneur d’un paysan au centre du paysage —
dans l’effort, l’obstination de ce qui doit être tandis que
les aigrettes parsèment de blanc en blanc le champ gris-vert —
— où sèche l’herbe. Tout se retrouve
dans un regard de franche dilection.

 

 

 

 

 

Juin le soir, dans les tombants vertigineux
de parfum de miel et de verdure des tilleuls qui s’imposent,
l’esprit cède à l’hypnose passagère.
Que tout disparaisse ou que je sois lépreuse
— pendant un moment j’ai su.

 

 

 

 

 

Juin des ondées,
celles des pluies ou des champs mûrissants
qui frissonnent ; celles d’une eau dormante
ondée d’un doigt ému, les charmes aussi
dont l’ombre abrite nos longues promenades,
celles en creux de muet et en ondes bavardes.
[parfum de juin : l’infusion de pétales de rose dans les menthes donne une eau légère à la pierre-à-faux, c’est une cascade résinée où trempent les fibres du bois de réglisse pour lier la flouve.]

 

 

 

 

 

 

 

En juin
chaque regard ajoute une étincelle
à la clepsydre atomique du sensible,
chaque pas suit la trajectoire incorrigible
d’une cosmogonie de lenteurs sensuelles.
Juin plus que tout est un état d’esprit,
quand nous parcourons notre monde
jusques aux portes du soleil.

 

 

 

 


Il y a une dénature de juin
par quelques jours de lumière étrange,
son excès, une surexposition,
un sfumato mais strident, de tons beige et ardent
jusqu’à la consomption du paysage
dans nos yeux meurtris.
On sait être ailleurs tout à coup,
dans des ruines encore fumantes qui se désagrègent,
dans l’écrasement partagé
d’une nature qui subit
tandis que nous passons.