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28/09/2018

Datura

Datura I

Il est d’un vert concave vers où le regard coule
attiré follement par ses belles trappes d’ombre,
son puissant charme de tropique à la campagne,
elle, la sans mystère, un peu niaise, pleine d’ennui.
De la terre, du blé, des fruits, et puis quoi d’autre ?
[hyoscyamine, atropine et scopolamine]
Datura, le beau mensonge.

 


Datura II

C’est la belle plantureuse des naufrages terrestres
hanchue, flanquée de dais empesés de vert sombre
où sur la tranquille épouvante de sa substance,
la fleur, blanc liseron, comme prêtée sur gage
par une nature captieuse, gire avec lenteur
en répétant son nom
datura, datura
dans une odeur vireuse de l’hypnose à la mort.

 

 

Datura III

pourquoi je l’aime parce que je t’ai tant regardé
insolent, fouetté arraché imaginé
au bord de m’en lécher les doigts
toujours retenue par plus grande malice
amoureuse, vertige propitiatoire
au recueil des secondes secrètes,
une rosée blanche, attention,
ou ta libration intime, datura,
tout me mène à l’attention.

 



Datura IV (sans lune)

en deux temps, ajouté à l’ombre puis absorbé
par la nuit noire, mais il m’obsède, je sais que c’est lui
cette ombre dans la nuit, il règne végétal.

 

 

Datura V (avec lune)

par les grands champs nous baignons à cheval
dans une lumière de lune ravissante
presque bleue, sans sommeil au pas sans but,
où les daturas éclatent, de charbon noir
en phare d’ombre sur la pâleur terrestre.
C’est pour nous faire présent au clair de lune
du prodige d’être vivant cette nuit.

 

 

Datura VI


sa violente stature faite pour le blason
semble s’être égarée aux yeux des ignorants.
Où arrachée, mauvaise création,
elle revient indifférente jusqu’à ce que
plus rien ne reste de l’insolence riche,
qu’un nom : datura stramoine.

 

 

52.JPG

.

Quand ma tête, Arlequine, surcotée de savoirs
décousus, clopin clopant d’une idée l’autre
parfois horriblement viciée jusqu’aux yeux
ainsi rattachée au monde qu’il me faut respirer
sans plus de boussole que le goût de savoir
tout à coup s’étouffe d’une nouvelle pièce
qui ne trouve pas sa place, dans ma tête
il suffit d’une odeur première, l’entaille vive
d’une odeur perforée dans le dos de l’esprit
qui ramène à ses points cardinaux, l’exilée :
toute nue dans le foin sec je suis née pour aimer.