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29/02/2016

Février 2016

 

L’hiver en grâce.
La sève sommeille ici —
au giron de glace. 

 

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© Tracy BARLOW Above all the rest, Wastwater (Oil on Wood 121 x 91,5) 

  

 

 C'est un vert... 

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© Irene BARRY Photography 

 

 Je reviens à cet œil dont je cherche le nom de la couleur, je ne la trouve jamais : elle a les irrégularités d’un jade de la lune et la tache rouge de Jupiter, ou bien est-ce la bouche d'une anémone, irradiée de tentacules souples aux imperceptibles terminaisons colorées ; ou ce serait une ronde de faisceaux de quartz — héliotrope serait presque exact, un jaspe sanguin hérissant le volcan de l'âme. L'œil s'affole et se cherche une contenance dans la couleur des mots qui se fanent, celle qui les rallume, celle qui les embrase :

 

C’est un vert tilleul planté en terre Inca, lentement infusé dans une tasse d’or.
Une amande vénitienne au temps d’un Carnaval secret, nue sur la mousse, nue sous le loup.
Une tenture de brocard bleu turquin, froissée dans un ciel gris de Payne.
Le lichen trempé dans un sulfure, pour un nid dans des bois plein d’esprit.
L’eau dormante par grand bleu, entendez le ruisselet entre ses doigts.
L’opulent falbala en jupes vertes d’une touffe de pivoine (rose angora). 

 

 

 

 

 La pivoine blanche
dans son corset printanier
exulte en silence.

 

 

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« Rendez-vous a été pris dans un bar situé à dix minutes à pied de chez Lessertisseur, au coin des rues du Faubourg-Poissonnière et d’Abbeville, en face d’un immeuble d’angle Art nouveau situé au n° 14 de celle-ci, sculpté de superbes cariatides dont les poitrines émouvantes exposées aux yeux de tous seraient peut-être, au point où on en est, interdites de nos jours. »

Jean Echenoz, Envoyée spéciale (page 156)

(photo : IS, Ecole des Beaux-Arts, Toulouse)

 

 

 

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   — © Sabrina TRANSISKUS  — Papier découpé  — L'Expo à Sèvres

 

 

 

La pulsation des doigts
du sang court
sur la route de la soie — 

Pluie intime, vin de mer,
framboises au sel…
font langue gourmande.
 

 

 

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© Mary Ellen Bartley  

 

Répondre en fibres denses de forêt,
écouter le silence,
taire le léger balancement du pied,
sourire aux yeux.

Des courbures de la voix
en horizon sanguine à l’alcool,
je me serais entendue dire... oui.

Nuit noire, chut…
un frisson de crainte,
réfugiée en pulpe sous ses doigts.

 

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© Mary Ellen Bartley 

 

Tourmaline au sein
ou dans la mousse dorée.
La langue cherche, trouve.

Étreintes des corps en arcatures
font cathédrale de chair,
où le cœur est partout.

 

 

 

 

Raisonnons un peu —
À l’ordonnée du grand Tout,
où suis-je si belle ? 

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Dans un long cache-cache
de particules fines — ondes
douces aimantées.

 

 

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Détails :


Notez ! qu’il me dit :
antefixe et lambrequin
brique et corondage.

 

 

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L’esprit vint à la ville
quand l’homme fut pétrifié
par sa lumière rose.

 

Échauffourée dans
la rue des Pénitents-Gris.
— Écho du passé.


À la peine de ceux
qui bâtirent nos antres roses.
Litanie d’ombres d’hommes.

 

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(photo : IS)

 

 

 

Iris Poudre *

Ce parfum-là présente au récit la difficulté de ses matières premières, celui des beurres qui renferment irones et coumarines. Il faudrait se voir découvrir un petit pot d’aspect banal en porcelaine blanche et n’y trouver qu’une pâte claire. Elle serait dense, opaque et elle ne sentirait rien. Quelque chose comme l’austérité dans un petit pot de crème, ce à quoi l’esprit ne veut pas résister car c’est détenir la matière même d’un oxymore. Sa belle texture froide (est-ce la porcelaine ? est-ce sa densité propre ?) repose comme un bloc de matière brute, il contient tout, ne dit rien. Il faut trois ans pour cultiver les rhizomes d’iris, trois ans encore pour qu’ils sèchent convenablement, après quoi la poudre des rhizomes broyés se sent toujours rien. L’entraînement à la vapeur sous pression de cette poudre ultrafine bouche les conduits, il faut sans cesse arrêter le processus, nettoyer, recommencer. Le beurre obtenu sent la violette ; les Égyptiens l’utilisaient ; l’iris devint la royale fleur de lys. C'est une des odeurs naturelles les plus statiques et intenses du plaisir olfactif. Ce parfum-là pourrait être une concrète, une étrange fleur cireuse qui fondrait très lentement entre les doigts en s’y appliquant comme un gant de peau très fin et velouté, à la fois mat et glissant, glissant le long du bras, gagnant l’épaule, le creux du cou, enserrant fermement la nuque pour obtenir l’attention de l'oreille et y chuchoter ("...c’est un palais. C’est un fantôme de chair silencieux en son fauteuil et je lui fais la lecture de toute mon imagination. C’est mon fantôme de chair silencieux dans mon palais.")

Ou les gants d'un conservateur des manuscrits, tout imprégnés du parfum de la cire fleurie (encre, poudre et violette toujours) dont on nourrit chaque centimètre des boiseries, les grandes volées qui conduisent aux réserves, les tables d’étude, les portes et les fenêtres, leur antique pesanteur redoublée par le silence, y souriant comme un gentleman-cambrioleur aux correspondances sûres qui se sont établies entre le contenu des livres et la signature de l’air. L’air est à facettes, il est stupéfiant de ces trésors qui pulvérisent l’âme pleine de chagrin ou de certitude : trésor des longues fenaisons de juin qui déclinent la matière en silence et éclatent de joie lorsque le parfum de la flouve mûrissante justifie par l’absurde le labeur démesuré des hommes. Trésor de la vanille, la gousse et la fleur cireuse devenues une unique goutte à la commissure des lèvres cependant qu’un rideau de poudre d’iris ferme la pièce sur l’intimité, la réminiscence épidermique de la caresse. Un monolithe se referme.

 

* un parfum de Pierre Bourdon chez Frédéric Malle

 

 

 

 

Encens de prière —
La colonne d’un murmure
brûlant me traverse.


Pierres détaillées en
lecture patiente des images.
La nonne est passée.

 

 

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© Anja PERCIVAL Cathedral Light IX  2011 (gravure)

 

 


Vitrail projeté —
Le plomb le verre la couleur
se font papillons.


Le front s’abandonne
au mur glacé de mille ans.
— Une source vive.


Quand monte le chant
en volutes grégoriennes,
l’âme est une plume.

 

 Oiseaux, nid d’oiseaux
aux belles voussures brisées.
Un sourire d’ange.

 

 Les pieds dans le chœur
désacralisé, la pluie —
Lui dirait : suis-moi…

 

 

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(photo : IS, Alet-les-Thermes)