Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

18/09/2016

D'eau

Mémoire d'eau

La première était ronde, c’était une bassine
pour les fruits que l’on rinçait sous la glycine.
La seconde était un bassin au jardin,
pour une leçon des choses merveilleuses.
La troisième était de pierres carrées, qui fut laissée
à manger à la nature vorace, impossible lavoir.
La quatrième était derrière une barrière,
convoitée par les bêtes et couverte de nénuphars.
La cinquième au monastère, poissons, roseaux,
toute entière aux murmures du vent et de l’eau.
La sixième là-bas près du château
où pour la première fois ainsi nommée pièce d’eau
apparut une pièce d’eau, stupéfiante entre des arbres.

 

 

 

 

Un lac

Sous le ciel dressé partout plus haut
qu’une forteresse royale ou qu’une métropole,
un lac mâchonnait ses limons sous sa face d’onyx,
géant couché dans le giron du monde,
ce lac dévolu au recevoir infini était
en grande paix naturelle avec lui-même ;

les eaux tailladées chaque jour un peu plus
par les hommes pressés, faibles et ignorants
du temps complexe des limons.

 

 

 

Rhizome

J’écris ces mots à l’abri des dunes, quelque part dans le Delta du Rhône.
Tout y est parfaitement à sa place ainsi que dans les psaumes :
d’une joie détachée de la fleur sur le sel, à l’inquiétude de mourir
sans avoir su faire révérence à la mesure de cet univers.
Je serais une morte décevante, embarrassant l’espace
de soupirs, suppliant le temps de lui revenir
pour comprendre l’équilibre avant d’en mourir.

Pour l’heure j’aime, et les virgules et les lys des dunes.

 

 

Élément :

Je t'ai simplement dit cela : vouloir ; vouloir tenir entre mes mains l'eau nécessaire à ma toilette. La verser en creux, à rebours de tous les écoulements venus d'on ne sait où, disparaissant. C'est ridicule et vain, donc cela m'est nécessaire ; une fois, certains matins. Non, je ne réclame pas le contraire de ce que je désire car je ne veux pas mieux que ce que j'ai de simple, je veux seulement faire les choses autrement. Un temps à faire autrement. Oui un manteau sur ma chemise, l'eau puisée en regardant la lune, le froid sous ma chemise qui me presserait de rentrer et avoir peur de l'ombre autrement familière du jeune cyprès dans la brume parce que je ne sais même plus si je sais encore avoir peur. Chauffer l'eau, attendre, ne pas être distraite pour ne pas me brûler. Souffrir du poids de l'eau, être précautionneuse en versant, me brûler quand même. Cette eau, un gant et du savon, voilà, je te découvre l'essentiel au pied du lit, la géographie matinale des odeurs sur ma peau et tu recules. Tout cela est trop ancien, n'a plus cours mais aujourd'hui je ne sais plus exactement où je dois poser les mains sur les choses du monde pour qu'il existe encore. Rien ne résiste, tu ne me veux jamais de mal, je deviens transparente.

 

 

Il faut se méfier de l'eau qui dort ;
voilà une de ces petites phrases
à la tournure parfaitement simple
mais mystérieuse, grande comme
un petit coffre bourré de sagesse ancestrale,
celui qui est rangé sur une étagère haute
dans l'armoire de votre tante Alodie Maury.
Quand immanquablement on découvre
l'armoire plus petite que dans son souvenir,
que le coffre a été ouvert maintes fois
à la manière dont on a pénétré le sens des mots,
que reste-t-il ?

L'expérience effrayée de l'eau qui semble dormir,
la peur sans l'enfance ;
la violence ruisselante sous un manteau de sagesse.