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25/09/2016

De feu

 

Madame,
cessez de vous abriter derrière votre main,
il y a couleuvre dans votre regard
et elle file entre vos doigts ;
c’est celle en vous qui recherche,
quand votre proie vous étouffe,
la pierre brûlante d’une phrase.

 

 

 

 

C’est le plus sobre des hommes dans le siècle,
dans le siècle d’un ordre monastique intérieur,
et pourtant une fois l’an, peut-être plus,
mais il s’en cache, il se dérègle lentement,
absolument,
du matin abîmé de refus à sortir de sa chambre,
prostré dans la chaleur,
puni d’un jeûne, errant tout à l’heure,
puis que l’on retrouve baigné d’eau froide,
assis sur les cailloux
parfaitement heureux tout à coup.

La nuit… oh, la nuit…
Cette année il a tressé une couronne,
une couronne de sanguisorbes.
Il les brûlait en pleurant, l’an passé à la même heure.

Oh ce n’est pas tant s’emporter la gueule, que se l’emporter cette nuit-là.

 

 

 

 

 

À Berre-L’Étang, sur la grand-route — l’ancienne,
avant le labyrinthe entre les dépôts de boue,
les cuves en cloques dans le gémissement affreux des torchères,
ce paysage en longue maladie
drainé de toujours plus nombreuses routes,

il y a près d’une maison une vasque de pierre,
un basalte à rainures, fendu,
autrefois bain aux oiseaux,
qui est souvent rempli de feu
par Thérèse et Amaury,
et lorsque, retirés du monde
pour ne rien faire que contempler le feu
c’est Amaury que Thérèse contemple,

elle sourit à nouveau.