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29/08/2017

Août, la mesure cachée

Chromo d’août : aqueduc et colonnades.
Moi je m’enferre chaque jour
dans les chemins brûlants
où je pars à la chasse,
arc, flèches et brave.
Au premier banc d’arbres,
je jette mes filets sur la verte fraîcheur
tombée à terre je dégaine et enfin de l’air
coule sur mon sang !

 

 

 

 

 

Je souffre de la seule syllabe d’août,
son ove mâchurée au plomb
de quelques lettres sourdes
qu’un auguste déchu savoure en silence,
le pied à jamais pris
à son imperturbable
et goûteuse
racine.

 

 

 

 

 

Août,
plus rien ne tient vraiment
à l’été —
ce mot à l’étrave imparfaite
fendant l’onde quiète des beaux jours.
Car août s’échoue sur des terres abruties
dans un silence suspect.
Loin en conscience il se chantonne à demi-mot...

 

 

 

 

 

Voilà, maintenant le royaume est une vaste éteule
toute en crevasses et texture d’os,
mais presque tendre, repos pour tous
quoique sans cesse au bord d’un feu
que l’on conjure à coup de roche ignée
pour ne pas dire embrasée.
À l’horizon les montagnes sont gibbeuses
et feuilletées de noir, en août
l’idée de la neige prête à rire.
Après l’horizon c’est l’Espagne puis
l’Afrique rêvasse-t-on en plein repos,
alors va-t-elle se lever cette dorsale si nègre * ?
que je la voie splendide de tout son corps ;
mais on s’évertue, noire est la dorsale
sur laquelle se posera bientôt un beau manteau de neige.

Les brumes de chaleur brouillent en un rien la violente rêverie.
[parfum du baiser d’août : l’un sucerait un caillou froid saisi dans une source, l’autre aurait mangé trois figues, froissez verveines et toutes ces choses sacrées, rire et recommencer]

 

 

 

 

 

Le pays, plusieurs fois l’an
sait crever de soif,
la main close sur le métal
de la clef des puits qui abondent.
C’est en ce moment le muid d’août,
la mesure cachée dans l’épreuve.
Et tandis que la terre impavide
se craquelle, les fruits tombent.
Seules les guêpes font un court barrage à une
paix entière.

Déjà les premières détonations visent les cailles
et si déjà les arbres se défont, il n’y a pas de quoi frémir,
on verra bien.

 

 

 

* (Rose, elle, dit : Montanha negra, Bordèu escur, plueja al sur)

 
Chronique des jours-échelle