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23/12/2016

Blancs

À mourir, confier son cœur.

 

Quelques lys blancs à la tige cassée sous la fleur, consentis par le marchand pressé de fermer, ont été posés sur une assiette ouvragée, un peu d’eau répandue sur une table sombre.
Les lys et la porcelaine fine nervurent toute la lumière.
On dit que semblable composition aurait été peinte par Henri Fantin-Latour. Je regarde ce tableau perdu. Était-ce seulement des lys ?
Le parfum est si fort.

 

Je me contenterais d’une chambre de fortune,
ni tapis, ni miroir, rien d’aimable pour une femme.
Je n’en ai pas besoin.
[De vous à moi, on dirait une cellule.]
Même froide en hiver,
pourvu qu’elle fût garnie de livres,
de draps blancs et de couvertures,
avec vue sur vos toits.

Une simple chambre de fortune amoureuse.

 

Le linge fut toujours blanc.
Il demeure à lui seul
capable de présenter à mon esprit
l’essence et la corruption des mots
   sommeil
         fièvre
             et volupté.

 

Après des jours de glace,
parmi les rubans aiguisés
du carex et des iris d’eau,
s’avancer comme une lame brûlante
sur le paysage vitrifié.

 

Il faut être soudain pris de peur
lors d’une de ces admirables nuits d’hiver,
son torrent de froidure
précipité du haut du ciel
dans les noires abysses du regard,
pour creuser en soi une attention inouïe.

— Être sur le qui-vive

pour surprendre
un oiseau de nuit
fendre le silence dans une envolée courbe,
sans un battement d’ailes,
avec la seule amplitude
de ses rémiges blanches ;

pour être marqué à tout jamais
par le sceau de cette paresse d’albâtre.

 

 


Le jour approche où nous formerons
des roses de lin blanc sur une épine d’acacia.
Bandelettes déchirées au bas des linceuls,
nouées en signes, au milieu de plus rien.

 

Il y a des matins blancs de paradis,
vibrants d’oiseaux invisibles
qui jouent et qui crient dans une brume étale
tandis que soi, soumis au repos semi-aveugle
de l’horizon absent et du ciel disparu,
l’on reconnaît tout juste à ses pieds
la terre brune et l’herbe mouillée;

et peut-être alors sentir,
dans cette latence du monde
à l’infime cadence stellaire,
le goût imaginé de la lune,
de la lumière et de l’innocence, jumelle
de celle propagée par le grand univers.

 
Chronique des jours-échelle