25.06.2008

Philatélie

Cela commença comme un jeu idiot, un matin désœuvré où l'on se bagarrait pour rien à propos du décalage horaire et de la circonférence de la Terre. De fil en aiguille, en riant beaucoup, il devint crucial de savoir combien de temps mettait une lettre pour aller à New York et en revenir. À Tokyo et Canberra. Ou Casablanca, ou même Londres (non, Rouen, il ne faut pas exagérer, en quatre jours c'est fait). On inventa des noms de destinataires à des adresses existantes car lui qui avait beaucoup voyagé gardait une incroyable masse de documents en tout genre. Dans chaque lettre on glissa une feuille de papier avec quelques mots et des petits soleils : Bonjour ! Quel temps fait-il chez vous ?! Que voyez-vous depuis votre fenêtre ? Les lettres revinrent les unes après les autres ornées de signes des postes lointaines, certaines avec quelques mots tracés à la main pour indiquer qu'il n'y avait personne de ce nom à cette adresse. On notait sur chaque enveloppe la date de retour ; moins de deux mois plus tard on put faire le bilan des réponses à notre interrogation. C'est là qu'on s'aperçut que la lettre envoyée à Madrid n'était pas encore revenue. Pékin, Quito, Harare ou Manille, n'importe où d'improbable et très loin oui, mais pas de Madrid. D'un coup tout cela fut sans importance, on ne pensait plus qu'à cette lettre envoyée au voisinage et qui n'était pas revenue.

Mais une lettre arriva, postée de Madrid ; au dos de l'enveloppe le nom du destinataire, Juan Pedro Ramírez, était celui du destinataire sorti de notre imagination. On n'osait même pas l'ouvrir. Dedans on trouva une feuille pliée en deux et un polaroid. La photo c'était un bout de mur et une fenêtre ouverte sur l'extérieur ; rien d'écrit sur la lettre, mais des petits points en relief, du braille. On trouva quelqu'un pour nous la lire : Bonjour, je sens qu'il fait beau, mais je ne sais pas ce que je pourrais voir depuis ma fenêtre. Racontez-moi.

 
Chronique des jours-échelle